Jeudi 18 octobre 2012 Sébastien Tellier a enflammé l’espace Julien, à Marseille, devant une salle bondée. Retour sur un des phénomènes français de ces derniers temps.

Prémices.

Tellier. Un nom prédestiné pour la musique. Déjà papa jouait avec Magma. Un sacré guitariste, hein ? Puis le petit Sébastien a grandi dans un environnement catholique et conservateur. Il est devenu grand : autant par la taille –le garçon mesure plus d’un mètre 90- que par le talent. L’incroyable vérité, sortie en 2001, permet de le révéler au grand jour. Viennent Politics (2004) et Sexuality (2008) ; la critique est unanime. De ce dernier disque ressortent les très bons morceaux Kilometer (sorte de pop répétitive et assumée dont la mélodie colle furieusement à la tête) et L’amour Et La Violence (ballade au piano soliste). Par son univers décalé et quelquefois déjanté, il parvient peu à peu à séduire les foules.

Entre temps, Sébastien a eu le loisir d’être interné dans un hôpital psychiatrique, d’affirmer lors d’une interview que « seul le cul » l’intéressait et surtout de passer à l’Eurovision (2008) en se classant 19ème sur 25 avec Divine. Un phénomène, on vous a dit.

Sébastien Tellier, gourou de la scène française.

Savez-vous qu’il existe des shamans aux États-Unis ? Eh bien c’est de sa rencontre avec l’un d’eux qu’est né My God Is Blue. Avec ce nouvel album sorti le 23 avril 2012, Sébastien Tellier se transforme en gourou grandiloquent de l’Alliance Bleue*. Musicalement, il souhaite poser les bases de la « pop du futur » (On n’est pas couché, 5 mai 2012). Le pari est osé ; peut-on dire qu’il est réussi ?

Tout d’abord, My God Is Blue (produit par Mr Flash) est en rupture avec les précédents albums. On n’y trouve plus les traditionnels morceaux où l’artiste s’en donnait à cœur joie au piano (à part peut-être dans Sedulous). Non, ici le piano fait place au synthé et à la guitare psychédélique. Dès le premier morceau, Pépito Bleu, Tellier nous annonce la couleur. Les nappes sonores s’accumulent, on se prend à rêver d’un bon disque de Era, puis la voix planante de l’artiste fait son apparition. « Pour commencer la prière des cieux, je vais m’asseoir, décoré de pépitos bleus ». Pour sûr, ça ne vole pas haut. Et c’est le niveau moyen des paroles sur l’ensemble de l’album. Mais Tellier est malin, il joue sur ce décalage musique-paroles et ça marche plutôt bien (Pépito Bleu, Sedulous, Against The Law).

Quel est le style de Sébastien Tellier ? Tour à tour variété, pop, électro, le géant a été influencé par une flopée d’artistes de tous bords : ainsi, on peut sentir l’ombre des Pink Floyd tout au long de ce dernier disque. Notamment sur les morceaux instrumentaux, Draw Your World et Yes, It’s Possible. Pépito Bleu ressemble à s’y méprendre à du Moby avec en prime Gainsbourg au chant ; dans Against The Law, Tellier s’improvise en Laurent Voulzy sauce électro ; à l’écoute de Cochon Ville, on est transporté dans les années disco. Mais la bonne surprise de l’album reste Russian Attractions, qui comme son nom l’indique emprunte à la musique traditionnelle russe sa mélodie principale. Seul petit hic : le morceau The Colour Of Your Mind, trop insipide.

Si décalé en studio, la question était donc de savoir : qu’est-ce que cela donne en live ? Nous nous sommes donc rendus à son concert. Impressions.

Barbe et cheveux longs, Sébastien Tellier joue parfaitement son rôle de gourou.

Le concert.

Une petite heure d’attente avec le groupe Saint-Michel, groupe électro-pop dont on risque d’entendre parler. Il faut dire que la foule est venue en masse : l’Espace Julien est comblé, les gens se serrent, les petits se haussent sur la pointe des pieds, les grands attendent patiemment.

Les décors sont simplistes : des arbustes de plastique blanc cachent la batterie électronique et le synthétiseur, seuls instruments présents sur scène avec la guitare bleue en forme de flèche au centre. Lorsque les premières notes de Pépito Bleu se font entendre, l’excitation est palpable. Puis Sébastien Tellier apparaît sur l’estrade, devant le logo de son album (un cercle bleu contenant un S). Le moment est épique. Une fois sa chanson terminée, il nous souhaite la bienvenue au sein de l’Alliance Bleue. S’ensuit Against The Law qu’il interprète parfaitement sous les lumières bleues de la scène. Rien à dire, le gars assure. Il sait mettre de l’ambiance ! Entre deux morceaux, il nous demande, ironique : « Hé, j’ai pas encore mangé, vous connaîtriez pas un kébab dans le coin ? ».

L’apparition de l’artiste : sans doute l’un des meilleurs moments du concert

Au vu du clip de Cochon Ville, on aurait pu croire que la chanson provoquerait une orgie au sein du public, mais il n’en est rien ; et même si la foule commence à danser, elle reste calme. Sébastien Tellier interprète ensuite ses meilleurs morceaux (Kilometer, Russian Attractions) avant d’en arriver à La Ritournelle, la plus célèbre de ses ballades au piano. Le public exulte ! Tellier passe bientôt de la bouteille d’eau à la bière qu’il descend d’une traite.

Mais, jusque-là ce concert est parfaitement normal ! me direz-vous. Il manquait donc la pointe d’excentricité qui change tout. Allons-y pour le baptême en direct ! Baptême pour entrer dans l’Alliance Bleue. Tellier, prophète de son dieu bleu, pose la main sur le crâne d’un jeune disciple, la musique retentit, le disciple est accueilli au sein de l’Alliance. Un moment pour certains solennel (on ignore si c’est le cas de Tellier), pour d’autres de franche rigolade (ce fut notre cas).

Le bon souvenir qu’il nous restera de ce concert est sans aucun doute le dernier morceau, L’amour Et La Violence, que l’artiste est revenu interpréter après la fin du concert sous l’ovation du public. On aurait toutefois apprécié qu’il joue La Dolce Vita (commencée en plein milieu du concert). Mais peut-être que le public marseillais n’a pas été assez sage.

Sacré Sébastien Tellier !

*Voir les clips de Pépito Bleu et Cochon Ville.