Lutte contre le harcèlement: interview de M. Gallo

Le harcèlement est un problème qui touche toute la société, dont le milieu scolaire. Quelles sont les politiques menées à l’échelle nationale et comment sont-elles appliquées dans notre établissement pour faire face à cette situation à l’issue parfois dramatique ? A l’occasion de la semaine de lutte contre le harcèlement, un groupe d’élèves a rencontré M. Gallo, proviseur du Lycée Thiers, le 26 novembre dans le cadre du projet presse 2021-2022 de la classe de 2deH. 

Elèves: Pouvez-vous définir le harcèlement ?

M. Gallo: Le harcèlement c’est quand quelqu’un subit, de la part d’une personne ou d’un groupe d’individus, des pressions morales et/ou physiques qui s’installent dans le temps.

E.: Comment le repérer ?

MG.: C’est compliqué pour un adulte de repérer un cas, plus particulièrement pour un proviseur qui est souvent à l’extérieur de l’établissement ou alors dans son bureau pour gérer le personnel. Le travail du proviseur est d’installer les conditions pour que le personnel (les professeurs ainsi que les surveillants) puisse repérer des cas et vérifier si c’est bien un cas de harcèlement.

E.: Y a-t-il des politiques en la matière au niveau national et dans l’éducation nationale ?

MG.: Il y a effectivement des politiques qui se font au niveau national. Il y a les consignes et les guides que le gouvernement publie. Cela concerne surtout le collège. Il y a également un projet de loi qui doit être voté par le Parlement pour faire du harcèlement scolaire un délit. (NDLR : le texte a finalement été voté.)

https://www.vie-publique.fr/loi/282708-proposition-de-loi-balanant-lutte-harcelement-scolaire-delit

E.: Il y a déjà eu des cas dans ce lycée ? Cela a-t-il changé la façon de penser de ce lycée ?

MG.: Il y a eu des cas, plusieurs par an, plus au collège, un peu moins au lycée et parfois en prépa. Cela a fait évoluer le lycée vers la création d’un protocole, puis de médiateurs anti-harcèlement l’année dernière et la venue d’ associations au collège pour sensibiliser. Il y a quelques années, c’était bien plus compliqué. Tout le monde essayait de se débrouiller. Maintenant, il y a des consignes.

E.: Quelle est la démarche adoptée par l’établissement après le signalement d’un cas de harcèlement ?

MG.: On rencontre le signaleur qui écrit ce qu’il a vu, puis on voit la présumée victime et enfin le présumé harceleur, plusieurs fois. Il faut aussi s’adapter à la victime et la prise en charge varie. Il peut y avoir une discussion avec les parents et, si besoin, la consultation d’un psy, et même un dépôt de plainte.

 

Affiche contre le harcèlement
© Harcèlement : il faut en parler (dessin Education Nationale)

E.: Voyez-vous des effets positifs à cette façon de procéder ?

MG.: Ce serait positif s’il n’y avait plus de harcèlement. Or, il y en a toujours. Ce qui est positif aujourd’hui, c’est qu’on arrive à résoudre les cas.

E.: En tant que proviseur, comment intervenez-vous dans ce processus ?

MG.: Le rôle du proviseur est plutôt un rôle de management. Je ne suis pas en contact direct avec les élèves. Cependant, je suis en échange constant avec la vie scolaire et je vérifie qu’elle traite bien les problèmes de harcèlement jusqu’au bout. Si le cas est extrêmement grave, je peux intervenir directement.

E.: Comment le témoin doit-il réagir? Où peut-il signaler et comment est-il pris en charge ?

MG.: De mon point de vue, le témoin doit avant tout soutenir la victime et trouver les mots pour lui dire qu’il a vu ce qu’il se passe. L’important, c’est de ne pas se voiler la face, même si cela est difficile puisque le harcèlement est basé sur la peur collective. Il faut ensuite signaler le cas. N’importe où, à tout adulte. Le témoin n’a pas forcément besoin de prise en charge, mais il reste en contact fréquent avec les adultes qui s’occupent de ce problème.

« Ne pas fermer les yeux sur la souffrance d’un autre, c’est être citoyen »

E.: Qui décide des sanctions prises contre les harceleurs ?

MG.: Tout dépend du niveau de gravité du cas. La sanction peut aller du simple rappel à l’ordre à un conseil disciplinaire. En tant que chef d’établissement, j’applique les sanctions. La sanction, elle, est discutée à plusieurs, avec les personnes impliquées dans le processus.

E.: Comment prévenez-vous le cyberharcèlement?

 

MG.: Ce type de harcèlement est difficile à reconnaître. Le cyberharcèlement a lieu sur les réseaux sociaux, c’est à dire dans le domaine privé. Si l’établissement est au courant, il peut surtout prévenir les familles. Mais, il ne peut pas forcément agir. Actuellement au collège, des associations font de la prévention contre ce type de harcèlement. Mais, leur effet reste relatif puisque ce n’est pas forcément le moment où les élèves en ont besoin. L’État ne donne pas de conseils particuliers sur ce type de situations.

© Campagne de lutte contre le cyberharcèlement scolaire du Ministère de l’Education Nationale

E.: Quels sont les moyens employés pour sensibiliser les élèves ?

MG.: Ces dernières années, le lycée avait mis en place un système d’ambassadeurs contre le harcèlement. Mais, nous avons dû l’arrêter cette année à cause du coronavirus. Malgré cela, les élus du CVL travaillent beaucoup sur la question. Nous, les adultes, ne pouvons pas toujours apporter les réponses, car nous voyons les choses avec un regard d’adulte. C’est aux jeunes de nous proposer des solutions.

E.: Que diriez-vous à des jeunes qui se font harceler, qui harcèlent ou qui assistent à ce type de situations ?

MG.: À l’harceleur, je tiendrais un discours moral et juridique en lui rappelant les sanctions qui peuvent s’appliquer à lui. Puis, je lui ferais imaginer la situation inverse, s’il était lui victime, pour lui faire comprendre le mal qu’il fait.
J’exprimerais tout mon soutien à la victime et lui demanderais de quelle aide elle a besoin : une aide de sa famille, psychologique, de la police… Quant au témoin, je le féliciterais et le remercierais. En ne fermant pas les yeux sur la souffrance d’un autre, il a joué son rôle de citoyen.

Propos recueillis par Akira GERMAIN, Louise VOULANT, Harry WEIL-RABAUD , élèves de 2ndeH.
Pour le projet Presse piloté par M.VILANOVA .