Les sondages sont devenus un élément habituel mais important dans nos sociétés modernes. Cependant, au-delà d’apporter une simple information ou d’étoffer une affirmation, ils ont de réels effets sur la vie politique et publique d’un État, et c’est pour cela que cette méthode a de nombreux.ses détracteur.ice.s.*

Mais qui commande des sondages, et quels sont leurs effets ?

En majeure partie, des hommes et femmes politiques et des journaux. Dans les deux cas, il s’agit de médias possédant une large influence sur la société, mais surtout ayant une inclinaison politique. Les sociétés privées de sondages livrent donc des enquêtes à des partis politiques ou à des journaux, et ces derniers sélectionnent celles qu’ils utiliseront dans leurs articles ou débats, en fonction du résultat. Par exemple, il est bien évident qu’un.e acteurice politique socialiste n’a aucun intérêt à placer un sondage montrant un avis défavorable des Français.e.s à la migration dans un débat. Les sondages auxquels l’on a accès sont biaisés, c’est à l’individu d’élargir le type de sources auprès desquelles iel s’informe. S’iel ne le faisait pas, cela l’amènerait à s’enfoncer dans un seul mode de pensée. L’information en serait modifiée à cause du sondage, biaisé. D’autres effets sont observables, selon le type de personnalité. L’effet “underdog” consiste à profiter au / à la candidat.e donné.e perdant.e. L’effet contraire, nommé “bandwagon”, consiste à rallier les possibles indécis.e.s à la cause du / de la candidat.e en tête de sondage. Cela explique l’élection d’Emmanuel Macron en 2017 face à Marine Le Pen. L’effet vote utile, quant à lui, consiste à voter pour le.a candidat.e le.a “moins éloigné.e” des idées politiques de l’individu et le “moins proche” de l’idéologie opposée. Cet effet s’est observé lors du premier tour des élections de 2017, lorsque Benoît Hamon était montré perdant par les sondages, toustes les électeurices ont voté pour Emmanuel Macron. Cet effet concerne aussi les indécis.e.s.

 

Dessin réalisé par Camille

Qui sont ces indécis.e.s ?

Le terme indécis.e désigne toustes celleux qui n’ont pas d’idée tranchée sur une question posée. Mais, au fond, ne sommes-nous pas toustes indécis.e.s ? Selon Pierre Bourdieu, un éminent sociologue français, la plupart des personnes qui répondent à un sondage n’ont pas une idée précise de leur réponse. Cela s’explique par le fait que les réponses proposées manquent de nuances (souvent OUI – NON -NSP), ou qu’aucune occasion ne soit donnée au / à la sondé.e d’argumenter cette réponse.

Répondriez-vous à un sondage sans pouvoir justifier votre point de vue ou le nuancer ? Ainsi, beaucoup de personnes sont concerné.e.s par ce phénomène. Seules les personnes vraiment convaincues de leur intention de vote se prononcent, ce qui provoque les effets bandwagon et underdog évoqués précédemment, car l’avis de celleux qui peuvent faire basculer le vote n’est pas tranché et le sondage, lui, l’est. Le plus connu des cas d’effet underdog massif causé par l’indécision est l’élection de Donald Trump en 2016, loin d’être prévue par les sondages.

La réponse change en fonction des termes de la question

Rien de bien surprenant jusqu’ici ; pointées du doigt à plusieurs reprises et souvent critiquées, les méthodes de sondages sont souvent questionnables. Différents éléments doivent alors être pris en compte : Comment la question est-elle formulée ? Est-elle neutre ? Est-ce que les sondé.e.s sont toujours en capacité d’y répondre ? La formulation de la question peut fausser le résultat du sondage et inciter les sondé.e.s à pencher pour une réponse différente de celle qui aurait été la leur.

Par exemple, en 2017, un sondage réalisé par l’IFOP (Institut Français d’Opinion Publique, l’organisme national chargé de la production de sondages) sur l’euthanasie et commandé par une association en faveur de celle-ci a donné un résultat de 95% des sondé.e.s favorables à l’euthanasie. Un autre sondage, toujours réalisé par l’IFOP mais provenant d’un autre commanditaire qui est cette fois une association contre l’euthanasie, avait pourtant donné pour résultat que seulement 34% de français.e.s désiraient avoir accès à l’euthanasie. Le même sujet, des commanditaires différents et des réponses différentes elles aussi. Dans les deux cas, la question posée était orientée. La première, par exemple, incitait à la compassion et mettait donc une pression sur les personnes étant défavorables à l’euthanasie, celleux-ci ressentant soudainement une forme de jugement comme si leur opinion n’était pas la bonne. Après avoir constaté ceci, dire que la réponse d’un sondage peut être fausse n’est en rien surprenant.

Deuxième point problématique : les sondages partent du principe que les sondé.e.s sont en capacité de répondre à la question posée. Cela veut dire qu’il est supposé que les sondé.e.s connaissent tout d’abord le sujet abordé et qu’ils ont en mains les connaissances nécessaires pour répondre à la question. Cela amène des personnes non concernées à répondre sur des sujets qu’elles ne maîtrisent pas. Le fait que les réponses soient limitées à un choix restreint amène le.a sondé.e à cocher une case “au hasard”, ce qui éloigne sa réponse de son opinion.

Les détracteurs des sondages

Ces lacunes importantes dans une méthode dont les médias usent et abusent amènent certain.e.s à se positionner, à juste raison, en détracteur.ice.s des sondages. En effet, les résultats de sondages portant sur divers sujets peuvent créer une perte de crédibilité à propos de ces derniers, et peuvent exposer les organismes à l’origine de l’enquête à des détracteur.ice.s. C’est le cas notamment de l’IFOP, qui a décidé en septembre 2020 d’effectuer un sondage sur les tenues vestimentaires des écolier.e.s, suite à un encouragement de Jean Michel Blanquer à porter des tenues républicaines au lycée. Ce sondage a été commandé par Marianne, un magazine qui se veut “centriste révolutionnaire”. Ce sondage a sûrement été commandé dans le but d’attiser la polémique créée par l’intervention du ministre, qui avait provoqué des remous au sein de l’opposition et de la jeunesse. C’est la méthode des quotas qui a été utilisée pour ce sondage, l’IFOP a recueilli l’avis de plus de 2000 personnes correspondant à différents critères sociodémographiques, socioprofessionnels et géographiques afin de savoir ce qu’est une tenue “correcte” selon les Français.

Les résultats de ce sondage ont suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, et certain.e.s internautes ont pris le choix de s’exprimer là-dessus, qui sont devenu.e.s des détracteur.ice.s de la méthode du sondage. Parmi eux, quelques visages connus, comme Jean-Luc Mélenchon, mais aussi Mounir Mahjoubi ainsi qu’Agathe Ranc. Ces réactions sont certes provoquées par les résultats de ce sondage, mais aussi par sa simple existence, car selon ces détracteur.ice.s, un débat sur ce que doivent porter les écolières ne devrait pas exister.

Mais cette habitude de critique de sondages n’est pas récente. En effet, dès 1943, des sociologues essaient déjà de mettre en garde la population sur le caractère dangereux des enquêtes. C’est le cas notamment de Jean Stoetzel, qui, dans sa thèse “Théorie des opinions” a évoqué le problème des éléments/questions très vagues, et le problème des enquêteurs qui ne sont parfois pas neutres. Ces problèmes peuvent aboutir à une orientation/changement du choix des sondé.e.s, et faussent donc le résultat du sondage.

Yanis

Camille

Anaé

*Article écrit dans le cadre du cours sur “l’opinion publique et les sondages” en SES par des élèves de première de Mme Cheminat. Le thème de cet article était: “La publication des sondages d’opinion dans les médias conduit à modifier l’opinion publique (il s’agit d’une prophétie autoréalisatrice).”