Le 6 décembre 2017, Donald Trump président des États-Unis, annonce le transfert de l’ambassade américaine en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem. Retour sur une décision très grave qui ravive un peu plus les tensions et qui menace l’équilibre fragile de la région.

En quoi cette décision touche-t-elle à un symbole à la fois religieux et politique ?

Jérusalem est la ville des trois monothéismes : on y trouve le mur des Lamentations (judaïsme), l’église du Saint Sépulcre (christianisme) et l’esplanade des Mosquées (islam). Elle est aussi au cœur du conflit israélo-palestinien depuis 70 ans, capitale politique effective pour l’État d’Israël depuis 1950 bien que contestée et non reconnue par l’ONU, et capitale théorique pour la Palestine depuis la revendication de 1950 par l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP).

Wikimediacommons - Le Mur des Lamentations dans la vieille ville de Jérusalem. À l’arrière-plan la Mosquée al-Aqsa à droite et le Dôme du Rocher à gauche.

Wikimediacommons – Le Mur des Lamentations dans la vieille ville de Jérusalem. À l’arrière-plan la Mosquée al-Aqsa à droite et le Dôme du Rocher à gauche.

Quelles sont les réactions à cette décision de la communauté internationale ?

Une majorité de pays a condamné la décision américaine. Une « décision regrettable » pour Emmanuel Macron, irresponsable et insensée pour les nations du Moyen-Orient.

Du côté d’Israël, le premier ministre Benyamin Nétanyahou a salué un « jour historique » et un pas décisif vers la paix.

Parmi les Palestiniens, beaucoup craignent une reprise des hostilités et y voient l’arrêt de mort du processus de paix et de création d’un Etat palestinien, à laquelle il était censé donner naissance : Le Hamas a donc appelé à un nouveau soulèvement populaire palestinien, tandis que Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne, a déclaré que Jérusalem restait la « capitale éternelle de l’Etat de Palestine ». Les deux dirigeants israélien et palestinien ont d’ailleurs été reçus individuellement en décembre 2017 par le président français.

L’Assemblée générale de l’ONU a adopté jeudi 21 décembre 2017 une résolution condamnant la reconnaissance par Washington de Jérusalem comme capitale d’Israël.

Sur les 193 pays membres, 128 ont voté pour cette résolution et 9 se sont prononcés contre (États-Unis, Israël, Guatemala, Honduras, Togo, Micronésie, Nauru, Palaos, îles Marshall). Le président américain avait promis d’examiner de près le scrutin, menaçant de représailles financières ceux qui soutiendraient le texte, ce qui explique -en partie- la réticence des 35 pays qui se sont abstenus.

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Droits réservés – Dessin réalisé par Alizée et Maxime

Quel statut pour Jérusalem ?

Historiquement, jusqu’au XXème siècle, à l’exception de la brève parenthèse des États Latin d’Orient, Jérusalem n’a jamais été une capitale politique, ni pour Israël ni pour aucune autre souveraineté étatique.

Après des débuts compliqués sous mandat britannique avant la Seconde Guerre mondiale, Israël est né du plan de partage de l’Onu en 1947. Ce plan prévoyait trois entités : un Etat à majorité juive, un Etat arabe et une zone sous contrôle international, Jérusalem (résolution 181 de l’ONU).

La guerre de 1948, qui a suivi, redessine le plan de partage et entérine des « frontières » entre Israël et ses voisins. C’est ainsi que la zone internationale a disparu et que Jérusalem s’est retrouvé divisée en deux zones : l’une arabe (entre les mains de la Jordanie), avec notamment la vieille ville, et l’autre israélienne.

En 1949, Israël fait de cette zone, Jérusalem Ouest, la capitale de son Etat. C’est là que sont situées les institutions de l’Etat hébreu (parlement, gouvernement…) malgré l’opposition de l’Onu qui, par la résolution 194 de 1948, avait réitéré le statut international de Jérusalem. Pour l’ONU, le non-respect de la zone internationale condamne Jérusalem à ne pas être capitale.

A l’issue de la guerre des Six jours en 1967, Jérusalem Est est annexée par Israël. Et finalement, la Knesset (parlement israélien) vote en 1980 une loi fondamentale qui stipule que Jérusalem -Est et Ouest- devient la capitale «une et indivisible» d’Israël. C’est là que tout bascule : le conseil de sécurité des Nations Unies adopte alors la résolution 478 qui enjoint les 13 États qui ont encore une ambassade à Jérusalem à déménager à Tel Aviv afin de ne pas reconnaître l’annexion.

La décision de Trump est-elle en rupture avec la politique américaine menée depuis une dizaine d’année ?

Une loi votée en 1995 par le Congrès affirme que «Jérusalem doit être reconnue comme la capitale de l’État d’Israël» et impose d’y implanter la représentation américaine. L’idée n’est donc pas nouvelle, mais les présidents successifs avaient jusqu’à présent repoussé son application, dans l’attente que les deux parties adverses se mettent d’accord sur un partage de la ville.

La suite logique de cette décision

-2 janvier : Israël vote une loi empêchant la division de Jérusalem , Jérusalem ou la souveraineté à tout prix, et cela moins d’un mois après la reconnaissance par le président américain Donald Trump de Jérusalem comme capitale de l’Etat hébreu.

-7 janvier : Le ministère des affaires stratégiques d’Israël a publié une liste noire de 20 organisations étrangères dont les membres seront dorénavant interdits d’entrer sur le territoire israélien. Il leur est reproché de participer au mouvement international Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS), qui veut faire payer à Israël le prix de l’occupation en Cisjordanie.

-14 janvier: M. Abbas a réitéré son engagement en faveur d’une solution à deux États, tout en rejetant un éventuel plan de paix américain. « Nous refusons l’affaire du siècle. Elle s’est transformée en claque du siècle », a-t-il résumé.

-17 janvier: Les Etats-Unis bloquent la moitié de l’aide versée à l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens.

Jusqu’où ira-t-on?

Quelles sont les conséquences pour la région ?

Aujourd’hui, Tel Aviv est reconnue comme la capitale d’Israël et Ramallah comme celle de la Palestine, alors que les deux camps revendiquent Jérusalem pour capitale. En somme, la déclaration de Donald Trump ne change pas la situation de Jérusalem, mais elle donne une certaine « légitimité » à la désobéissance israélienne envers les traités internationaux.

Léa et Salah

Pour approfondir, trois sites de référence :

-Géoconfluences : http://geoconfluences.ens-lyon.fr/actualites/veille/jerusalem

-TV5monde : http://information.tv5monde.com/info/israel-que-cache-le-retour-des-ambassades-jerusalem-211311

-Les clés du Moyen Orient : https://www.lesclesdumoyenorient.com/Donald-Trump-et-Jerusalem-derriere-le-symbole-une-potentielle-redefinition-des.html