Comme en témoigne la mort du célèbre roi Louis XVI, ce n’est pas parce que l’on est célèbre, que l’on a forcément une mort digne. Aujourd’hui, c’est des morts les plus insolites de personnages historiques dont nous allons parler, à travers des hommes de lettre, des rois et de simples citoyens, de 456 avant notre ère à 1916.

Un grand auteur classique

À gauche, gravure d’Otto van Veen (1607). À droite, La Mort d’Eschyle, église d’Uza. © Région Aquitaine, Inventaire général – Adrienne Barroche, 2014 (g) / Michel Dubau, 2006 (d)

Fait ou vérité, un des trois grands auteurs de la Grèce antique est censé avoir connu une mort fort peu enviable. Il s’agit d’Eschyle (~525 av. J.-C. – 456 av. J.-C.), auteur des grands classiques de la tragédie que sont Les Suppliantes et Les Sept contre Thèbes. L’homme, chauve, serait mort d’une concussion cérébrale due à une « chute de tortue » : un rapace, qui transportait une tortue dans ses serres, aurait lâché la tortue sur son crâne chauve, confondant le dessus de sa tête avec une pierre. Dur.

Quand la lignée de Charlemagne harcelait des jeunes femmes

Si on vous disait : « Roi des Francs mort d’un coup de tête dans une porte », peut-être ne sauriez-vous pas quoi répondre. Il s’agit de Louis III (863-882), petit-fils de Charlemagne, et roi des Francs.

Alors que celui-ci, un beau jour d’août 882, traversait sa ville d’Orléans à cheval, il aperçut une jeune femme qui lui plût beaucoup. Mais celle-ci, refusant de s’arrêter devant le roi, courut en espérant le  semer et se réfugier chez son père. Après une course-poursuite dans la ville royale, la jeune femme rentra chez son père précipitamment, et claqua la porte derrière elle : Louis III n’eut pas le temps d’arrêter son destrier, et s’explosa le crâne contre la porte. Triste, triste.

Une mort un peu « fishy »…

Dans un top des morts les plus insolites, François Vatel (1631-1671) dominerait le classement.
L’homme était maître d’hôtel, et devait se charger d’un travail capital pour sa vie au service de la royauté française : organiser une somptueuse fête en l’honneur de Louis XIV, fête demandée par le cousin du roi, le prince Louis II de Bourbon-Condé.

Au petit matin du vendredi 24 avril, Vatel a décidé de se charger de réceptionner les poissons pour le festin. Il attend depuis quatre heures du matin, mais jusqu’à huit heures, la livraison ne vient pas. Désespéré de ce drame, et craignant un déshonneur – un repas sans poisson ! –, Vatel se rend dans sa chambre, cale son épée entre les joints de sa porte, et se jette dessus. Quelques minutes plus tard, la livraison en poissons arrive.

Un dur à cuire chez les Romanov

S’il fallait citer une mort, une mort historique qui a laissé des marques dans l’histoire de la Mère-patrie, c’est celle de Grigori Raspoutine (1869-1916). Le seul sur la liste à avoir été tué… deux fois.

Caricature anti-monarchiste représentant Raspoutine, Nicolas II de Russie et son épouse Alexandra Fiodorovna (avant 1916, année de l’assassinat du « starets »).

L’homme était un guérisseur mystique qui s’était fait invité par la Tsarine de Russie à Saint-Petersbourg, afin de la guérir de sa supposée stérilité. Se créant une place de choix dans la haute-société russe, il attire progressivement la jalousie à cause de son influence auprès de la Tsarine, qui a fait de lui son confident, et qui scandalise par les rumeurs autour de lui : Raspoutine aurait eu des rapports sexuels avec bon nombre de dames de l’aristocratie russe.

Un complot est mis en place à l’initiative du prince Félix Ioussoupov afin d’attirer Raspoutine dans son hôtel particulier, à l’écart des gardes, et de l’empoisonner.

Le plan se déroule à merveille, et tard dans la soirée, Félix donne à manger à Raspoutine des gâteaux et du vin contenant du cyanure (un puissant poison tuant n’importe quel humain avec quelques gouttes). Mais le cyanure n’a pas d’effet sur Raspoutine, qui ne se rend compte de rien, et continue la conversation. Un autre comploteur s’approche du « guérisseur » par derrière, et lui tire une balle dans le coeur : Raspoutine tombe au sol, son coeur a arrêté de battre, il est mort.

Tous les comploteurs se réunissent dans le salon une dizaine de minutes plus tard. Ils s’approchent du corps, le touchent, retournent le cadavre vers eux… quand Raspoutine ouvre les yeux.

Après une bataille contre Félix, Raspoutine s’échappe de l’hôtel particulier dans lequel il était, et sort dans la plaine enneigée adjacente au bâtiment : un nouveau tireur lui loge une balle dans le front, blessure en général mortelle. Raspoutine tombe au sol, inerte. Félix tente une dernière fois de se débarrasser de Raspoutine :  son corps est enveloppé dans un drap, puis jeté du haut d’un pont non loin de là dans le fleuve. Il est retrouvé le lendemain matin, le 29 décembre, cette fois mort.

L’autopsie réalisée les jours suivants font se rendre compte aux médecins-légistes que, lorsqu’il a été jeté dans le fleuve, une balle dans le coeur, une balle dans le front, des balles dans le dos et du cyanure dans son sang, Raspoutine était encore en vie.