Vendredi 3 avril, après trois semaines de confinement des écoles, collèges et lycées dû à la pandémie de coronavirus, le ministre de l’Éducation Nationale Jean-Michel Blanquer annonce que le baccalauréat 2020 se fera intégralement en contrôle continu. Retour sur cette décision qui suscite des réactions très partagées, notamment parmi les premiers concernés : les Terminales.

C’est la joie pour certains, la déception pour d’autres : les traditionnelles épreuves du baccalauréat n’auront pas lieu cette année. Elles seront exceptionnellement validées par contrôle continu, en raison du confinement et de la crise sanitaire que nous connaissons. Cette décision prise par le ministre après concertation avec les partenaires sociaux, représentants des familles, délégués nationaux et académiques des lycéens, est-elle parvenue à satisfaire les attentes de tous ?

Un bac malmené par le confinement

Au vu des conditions dans lesquelles nous nous trouvons actuellement, la décision de maintenir le bac sous sa forme usuelle est devenue peu à peu obsolète. En effet, à un peu plus de deux mois du début des épreuves initialement prévues, une grande partie des programmes dans toutes les matières restent encore à traiter. Or, la continuité pédagogique promise par l’Éducation nationale se révèle être dans les faits un échec : les professeurs ont dû s’adapter dans l’urgence et sans être préparés à ce genre de situation, les plateformes proposées ne permettent pas autant d’utilisations simultanées, le volume horaire de cours par semaine s’en est trouvé énormément réduit. Trois situations étaient alors envisageables : avoir recours au contrôle continu, alléger les épreuves de fin du mois de juin et/ou les retarder, une solution hybride entre le contrôle continu et des épreuves à passer.

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Le maintien d’épreuves posait néanmoins problème. Les conditions sanitaires ne garantissant pas un retour certain en classe à une date précise, la tenue d’épreuves étant soumise à l’avancée de la lutte contre le Covid-19, choisir de conserver certaines épreuves n’assurait pas une décision définitive, pourtant attendue par les élèves, leurs parents et leurs professeurs. D’autant plus que ce choix-là restait très inégalitaire puisqu’il repose davantage sur le travail personnel des terminales, qui sont beaucoup moins encadrés qu’au lycée. Les différences entre élèves liées à la possession d’outils informatiques suffisants, aux conditions familiales (parents pouvant aider leur enfant pour ses révisions) ou encore à l’environnement de travail (famille nombreuse) ne garantissaient plus le caractère égalitaire du bac, qui n’avait alors plus de sens.

Un accueil mitigé pour le bac 2020

Dans un souci d’équité entre les élèves et pour éviter l’organisation complexe d’épreuves, le ministre a finalement tranché pour un recours complet au contrôle continu, c’est-à-dire aux notes obtenues par chacun tout au long de l’année. Pour ce qui concerne le troisième trimestre, seules les notes obtenues en dehors du confinement seront prises en compte, dans l’éventualité donc où un retour en classe est possible. Cela permet en effet de donner aux élèves l’occasion de se rattraper, et la non-prise en compte des résultats obtenus pendant le confinement rétablit l’égalité entre tous les candidats. La décision semble donc être la plus simple à mettre en place et la plus adaptée.

Néanmoins, celle-ci n’a pas fait que des heureux et les avis sont divisés. Beaucoup apprécient le fait que leur travail régulier effectué tout au long de l’année soit récompensé, que la course des épreuves de juin si stressante n’ait pas lieu, mais d’autres regrettent cette décision : ayant tout misé sur les épreuves finales, ils se seraient davantage concentrés sur leurs notes s’ils avaient été au courant plus tôt. Les élèves n’ayant pas la moyenne sont très inquiets pour leur situation et devront passer les rattrapages voire la session de septembre. Parmi les autres, certains regrettent de ne pas pouvoir obtenir la mention qu’ils voulaient et pensent que la note obtenue par des épreuves aurait été meilleure. Enfin, certains pointent du doigt des différences dans la notation des professeurs, qui peut être plus ou moins sévère, ainsi que le niveau global d’exigence qui diffère d’un lycée à l’autre, du privée au public. Le ministre a sur ce point-là annoncé qu’une harmonisation des notes sera faite pour pallier les différences entre les lycées.

Doit-on complètement réformer le bac ?

Cette situation exceptionnelle est aussi l’occasion de questionner les modalités d’attribution du diplôme du baccalauréat, restées presque inchangées depuis plusieurs décennies. En effet, alors que le bac 2020 sera exclusivement basé sur le contrôle continu, le lien avec la réforme du bac de Jean-Michel Blanquer est inévitable, puisqu’elle prévoit justement une plus grande place pour le travail en continu pendant la Première et la Terminale dans la note finale. Le contrôle continu pose néanmoins un problème majeur : son impact sur la valeur du diplôme. En effet, le bac 2020 par exemple risque de ne pas valoir grand-chose aux yeux des futurs employeurs et le diplôme initialement universel et national devient presque un diplôme d’établissement.

Mais est-ce que le bac a toujours autant d’importance de nos jours ? Pas vraiment en réalité. Alors que son taux d’obtention atteint les 88,1 % en 2019, il a de plus en plus tendance à être considéré comme une simple formalité de passage dans les études supérieures. Avoir le bac ne suffit plus aujourd’hui et les attentes se portent dorénavant plus sur la mention obtenue. Enfin, avec la généralisation de l’accès aux études supérieures, la portée du bac est devenue davantage symbolique que pratique et la possession de diplômes post-bac est essentielle pour le monde du travail actuel. Alors, au fond, la question d’un bac davantage axé sur le contrôle continu ou sur des épreuves se pose avant tout par rapport à l’équité entre tous les candidats et non pour la valeur du diplôme. Mais là encore, il reste difficile de se positionner de manière définitive.