Mélanie a lu le roman  de Lucy Christopher “Lettre à mon ravisseur” publié en 2009 (nouveauté 2019 du CDI). Un roman palpitant, au rythme soutenu, que l’on ne peut plus lâcher!

ATTENTION: risque de spoil

Lettre à mon ravisseur
Lucy CHRISTOPHER

A l’aéroport de Bangkok, Gemma -alors âgée de seize ans- échappe à la vigilance de ses parents après avoir eu une légère querelle avec eux. Elle rencontre un jeune homme qui lui propose un café. Naïvement, elle accepte, sans savoir que ce concours de circonstances va orienter sa vie dans un tournant inattendu et pour le moins surprenant. Alors que rien ne la prédestinait à vivre une expérience aussi terrifiante, elle devient la proie de l’obsession de Ty.

L’incipit révèle d’entrée de jeu l’intensité de la relation qui se noue entre les personnages, victime et bourreau, kidnappée et kidnappeur.

Cela ressemble à un coup de foudre.

“C’est toi qui m’as vue en premier.  Tu avais une drôle d’expression dans le regard ce jour d’août, à l’aéroport: on aurait dit que tu voulais quelque chose de moi et que tu le voulais depuis longtemps.  Personne ne m’avait jamais regardée comme ça, avec cette intensité. J’ai été troublée, surprise, sûrement. Des yeux tellement bleus, d’un bleu si froid, qui me regardaient, espérant peut-être que je les réchauffe.  Ils ont un pouvoir terrible, tes yeux, tu sais, et beaux avec ça.”

Seulement, quelques minutes après leur rencontre, elle est droguée et quitte l’aéroport en compagnie du jeune homme. Elle se réveille plusieurs heures après son enlèvement dans une chaleur suffocante loin de tout ce qu’elle connaît. Gemma est persuadée de vivre ses dernières heures. Il n’y a que son ravisseur, elle et cette immensité de grains de sable.

“Le silence était ahurissant. Une nouveauté pour moi. J’ai même cru avoir un problème d’ouïe. C’était comme si tous les sons auxquels j’étais habituée avaient été retirés, retranchés. Comparé au bombardement sonore de Londres, le désert me donnait l’impression d’être sourde.”

Le livre se lit d’une traite, on ne parvient pas à s’arrêter.

La forme de la lettre échappant au découpage classique en chapitres tient le lecteur en haleine du début à la fin.

Le point de vue de Gemma évolue. Il est d’abord en retrait par rapport à ce qu’il lui arrive. Ensuite, ses sentiments changent, ainsi que sa vision.

Elle échappe de justesse à la tentation du désespoir.

“J’ai mis ma main en visière. Rien, à part du sable et l’horizon. Je me suis retournée en me tenant aux branches, m’écorchant la jambe au passage contre le rocher. Mais de l’autre côté, pas la moindre habitation, pas de ville, pas même une route. C’était exactement pareil que près de la maison. Une immensité vide et plate. J’ai eu envie de hurler, je ne l’ai pas fait uniquement parce que je ne voulais pas que tu m’entendes. Si j’avais eu un flingue, je me serais tuée.”

Les sentiments du lecteur à l’égard de son kidnappeur sont à l’unisson de ceux de Gemma. 

En elle, se joue un terrible conflit. Elle oscille constamment entre haine et fascination, entre répulsion et attraction.

Ty qui malgré son jeune âge (seulement quelques années de plus que Gemma) est profondément blessé par la vie, ne se voit survivre qu’à travers l’adolescente. Ses efforts pour la gagner à sa cause se heurtent constamment à la peur et à l’incompréhension de la jeune fille face à un comportement perturbé et violent. Même s’il oscille souvent entre douceur et colère, il représente  un danger pour lui-même comme pour Gemma.

Lorsque Gemma se rend compte qu’elle n’a aucun échappatoire, elle abaisse ses barrières et laisse ce nouveau monde l’imprégner, au risque d’oublier sa vie dans la capitale Londonienne. Elle commence par entrevoir la beauté et le mystère de cette terre indomptée depuis des millénaires, que Ty chérit plus que tout. Dans l’isolement, elle se rend également compte des dangers de cette terre dont elle ne comprend rien, où tous ses repères sont anéantis. Chaque buisson peut cacher une menace mortelle.

On peut se laisser totalement entraîner par ce récit, à suivre pas à pas les tentatives de la narratrice pour échapper à l’emprise de son ravisseur. Elle ne cessera de l’empêcher de la contrôler, en affirmant son désir d’évasion comme un papillon.

“J’ai repensé au papillon que j’avais attrapé, en sécurité et pourtant piégé dans l’obscurité de ma main.”

L’histoire oppose deux personnalités très fortes, qui s’affrontent et dont les points de vue divergent jusqu’au dénouement. Le récit nous secoue dans tous les sens. On ressent l’impuissance de Gemma comme celle de Ty.

De fil en aiguille, Gemma découvre la personnalité de Ty et même si elle lui trouve des circonstances atténuantes,  elle ne soutient pas son geste. Mais, elle refuse de ne voir en lui qu’un monstre, tant il est à la fois attachant et blessant. Gemma parvient ainsi à faire éprouver au lecteur une certaine empathie pour son ravisseur, phénomène psychologique identifié sous le nom de syndrome de Stockholm. A la fin de sa lettre, elle passe du vouvoiement au tutoiement.

Ce livre est un véritable coup de cœur. Une fois lancé, on ne peut plus s’arrêter et l’on devient soi-même prisonnier de la situation, jusqu’à perdre le sommeil. Troublant!