Dans la tradition des romans-feuilletons français du XIXe siècle publiés dans la presse, nous vous proposons le quatrième épisode du roman de Mélanie, création originale spécialement conçue pour La Terre en Thiers, commencée l’année dernière. Laissez-vous entraîner . Nous publierons la suite prochainement, au fur et à mesure de son écriture.

Voyant qu’Emilie gardait le silence, il fit la même chose. Hésitant, ne sachant que faire, il attendait qu’elle pose une question, fasse le premier pas.

Elle avait les lèvres tremblantes, le regard à la fois vide de sentiment et plein de curiosité. Elle se tût un long moment, pour faire le vide dans sa tête. Ce n’est qu’après avoir imposé le silence à toutes les choses qu’elle avait envie de hurler, qu’elle répéta avec une petite voix, tout juste audible:

“L-Luc?”

Dessin réalisé par Mélanie

 

Elle n’eût comme seule réponse qu’un hochement de tête de l’intéressé. Elle voulait évidemment en savoir plus au sujet de cet homme. Qui était-il? Que voulait-il? Et surtout, pourquoi venait-il lui parler?.. Mais, au fond se dit elle, cela ne l’avancerait à rien. Ce qui l’intéressait véritablement pour le moment, c’était avant tout de se connaitre mieux, elle.

Et vu que personne ne semblait vouloir ou pouvoir lui apporter les réponses à ses questions, elle attendait beaucoup de cet homme.

Elle s’avança, doucement, tout en restant sur ses gardes et méfiante. Au bout de plusieurs petits pas, dans un mélange de quiétude et de confiance, elle s’arrêta et le toisa du regard.

Qui suis-je?” c’était la question.

Et pourtant, vu la façon dont elle l’avait formulée, on aurait presque pu se méprendre. Son ton était assez dur.

Jusque là, Luc n’avait pas bougé. Il était suspendu à ses lèvres mais en entendant cette question, il ne put se retenir. Il éclata de rire, ne sachant pas lui-même quoi répondre. Qui était elle? Quelle vague question. Par où commencer? Il se calma peu après en voyant le regard de l’adolescente. Ou plutôt, en ne le voyant plus.

Vexée, celle-ci l’avait baissé sur le sol. Son seul espoir venait de lui rire au nez! Comment pouvait-elle espérer à présent qu’il lui apporte des réponses ?

Elle se demanda finalement si sa question n’était pas stupide….

Pardon, excuse-moi Emilie, peux-tu être plus précise.

– Pour les inconnus, je suis une fille normale.

Pour mes connaissances, je suis “Emilie”.

Pour mes professeurs, je suis sérieuse et attentive.

Pour mes amis, je suis plus ou moins importante.

Pour ma famille, je suis la fille amnésique dont ils doivent s’occuper malgré eux.

Mais s’il te plaît qui suis-je réellement ?

Elle avait au fur et à mesure de sa demande pris un air sérieux. Elle avait doucement relevé les yeux. Pendant ce temps, lui perdait son sourire face à sa détermination renaissante. Il se leva et avança vers elle. Il lui attrapa la main en la regardant droit dans les yeux: “suis-moi Emilie”.

Celle-ci acquiesça, frissonnant à son contact mais la curiosité et l’envie étaient bien là.

Il l’entraîna à l’écart, en seulement quelques secondes. Comme si c’était normal de se retrouver en un laps de temps si court dans un endroit si loin et si éloigné de chez elle. C’était comme si l’espace-temps s’était distendu, transformant quelques heures en quelques secondes.

Mais elle ne chercha pas à comprendre , c’était déjà bien assez compliqué comme ça…

“Tu veux savoir qui tu es ? Très bien…

Mais d’abord, montre-moi que tu le veux vraiment…”, affirma Luc. Puis, il la lâcha s’éloignant d’elle d’abord tout doucement puis de plus en plus rapidement, la laissant seule dans la forêt.

“A-Attend Luc! On est où?” En voyant qu’il partait sans se retourner, elle prît peur. Elle ne voulait pas être à nouveau abandonnée. “Ne me laisse pas! … S’il te plait” Elle avait presque murmuré ces dernières paroles, comme une supplication.

Mais comme il ne ralentissait pas, elle lui courut après, de toutes ses forces.

Elle lui criait de l’attendre et de l’emporter avec lui. Elle criait à en perdre haleine, à ne plus sentir ses jambes.

Elle avait mal au coeur. Elle était exténuée. Mais elle ne voulait pas le rater. Alors elle préférait foncer tête baissée dans le mur. Peu importe ce qu’il adviendrait par la suite. Elle préférait écouter cette voix intérieure qui lui disait

“cours, ne t’arrête-pas, ne le laisse pas t’échapper! Il a les réponses à toutes tes questions!”

Elle courait dans les déserts enneigés.

Elle courait sur les braises à s’en brûler les pieds.

Plus elle courait, plus ses habits partaient en lambeaux, déchirés par ces paysages changeants. Les branches  la coupaient chaque fois un peu plus, mais elle ne ressentait rien. Absolument rien. Elle le regardait prendre la fuite en tentant tant bien que mal de le rattraper. Mais plus elle avançait, plus elle avait l’impression de reculer, tirée à l’arrière par une force inconnue.

Alors que les forces commençaient à lui manquer, Luc ne manifestait aucun signe extérieur de fatigue.

Elle était vaincue. Elle le voyait s’estomper peu à peu. Ce n’était plus qu’une tâche au loin.

Elle tomba à genoux, laissant tout son corps en proie à la gravité. Que pouvait-elle faire à présent? Elle ne savait ni où elle était, ni comment rentrer chez elle. Elle n’aurait pas dû suivre ce “Luc”!

Elle regardait le dernier endroit où elle l’avait aperçu, espérant son retour. Puis elle repensait à cette course poursuite avec lui.

Elle ne savait pas depuis combien de temps elle se tenait là. Une minute? Une heure? Elle n’en savait rien. Le temps passait à la vitesse des battements d’aile d’un papillon.

Au bout de ce qui lui sembla être une éternité, elle le vit revenir. Il s’approcha lentement de son corps gisant au sol.

Emilie l’observa. Pourquoi revenait-il maintenant? Que lui voulait-il cette fois ci?

La brunette prît peur. D’un bond, elle se releva et recula de quelques pas. Elle prit la fuite à son tour, terriblement déçue. Sa vue se brouilla, envahie par les larmes. Mais, il ne mît pas très longtemps à la rattraper, doucement, pour ne pas l’effrayer.

Hé, Emilie, n’ai pas peur, je voulais juste mettre ton envie de découvrir la vérité au défi… Parce que la suite risque d’être assez éprouvante, autant physiquement que mentalement. Mais tu as tenu. Et c’est le principal!”