Retour des talibans : les femmes en danger

© Dessin réalisé par Lou

Le 15 août 2021, le pouvoir en Afghanistan est repris par les talibans qui imposent une loi islamique stricte et totalitaire, nommée la charia. Ces talibans infligent des restrictions sévères aux habitants, principalement aux femmes qui perdent la plupart de leurs droits. Soudainement, le pays bascule à nouveau dans la peur.

L’Afghanistan, un pays marqué par des conflits géopolitiques

Après l’invasion soviétique en avril 1978, les occidentaux font appel à des groupes armés qui libéreront l’Afghanistan de l’armée rouge. Parmi ces groupes armés se trouvent les talibans (1), des fondamentalistes islamistes. Ils s’organisent, prennent les armes et se font appeler les moudjahidines, les “combattants de la foi”. Des tensions d’ordre ethnique et religieux ne tardent pas à diviser ces moudjahidines. Pendant une décennie, le conflit s’enlise et l’Afghanistan devient le théâtre de la guerre froide. Les États-Unis financent les rebelles afghans et poursuivent ainsi leur affrontement contre les soviétiques. Au milieu des années 1990, les talibans se présentent comme les seuls capables de mettre un terme au chaos provoqué par les combats entre moudjahidines. Ils disent vouloir “pacifier l’Afghanistan” en apportant sécurité et lutte contre la corruption. Ces islamistes sunnites sont extrêmement conservateurs, et leur but est d’avoir un véritable gouvernement islamique, un état et une société basés sur une interprétation politique bien plus stricte de l’islam. Ils ont besoin d’une reconnaissance internationale. Depuis 1994, ils prônent la lutte armée. 

Chronologie contemporaine de l’Afghanistan
© DR – Frise chronologique réalisée par Mélissa et Suzanne

Une ascension du pouvoir islamique grâce aux talibans

Les États-Unis commencent à changer d’attitude envers les talibans à la fin de l’année 1997. Ce sont les attentats contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie, le 7 août 1998, attribués a Oussama Ben Laden, ex-allié des États-Unis pendant la guerre contre les Soviétiques, qui marquent la rupture entre les États-Unis et l’Émirat islamique des talibans. En représailles à ces attentats, les Américains décident de bombarder les bases d’entrainement des islamistes proches de Ben Laden, installées en Afghanistan. Après le refus des talibans de livrer Ben Laden, l’ONU vote les premières sanctions contre le régime afghan, renforcées en janvier 2001, sous la pression américaine. Les talibans n’ont plus aucun contrôle sur le territoire et commettent des attentats. Celui du 11 septembre a mis en lumière ces groupes d’individus qui prônent une idéologie islamiste. Ils ont ainsi pu manifester aux yeux du monde une certaine supériorité. Mais que se cache-t-il derrière cette image? 

Invisibiliser les femmes

Après vingt ans d’intervention militaire américaine, les talibans à nouveau au pouvoir ne semblent pas avoir changé. La plus grande crainte de ces hommes est l’accession des femmes au pouvoir. C’est pour cela qu’ils les privent de leurs libertés les plus fondamentales (interdiction de travailler, être voilée en permanence…). Les talibans effacent progressivement les femmes et les filles de la vie publique en Afghanistan. Cela commence par la suppression des affiches dans les salons de beauté comprenant des femmes. Puis, ces groupes armés appellent les commerçantes à décapiter les mannequins féminins, car la charia interdit la représentation de figures humaines, sans pour autant exiger la tête des mannequins masculins. Les conducteurs de taxi sont invités à n’accepter des femmes à bord de leur véhicule que si elles portent le «voile islamique». Les femmes ont interdiction de se déplacer à plus de 72 kilomètres sans un parent masculin, d’apparaître dans des émissions de télévision et des films, de travailler dans les entreprises privées, dans les administrations publiques… C’est la raison pour laquelle de nombreuses femmes afghanes sont contraintes de quitter leur pays (2).

© Dessin réalisé par Lou

La détresse des femmes : l’histoire qui se répète ?

Suite à la seconde prise de la capitale, Kaboul, en 2021, les talibans réduisent à néant l’intégralité des droits qu’elles ont reconquis depuis quelques années. Elles ont peur de ne pas pouvoir continuer à travailler ni étudier dans des conditions convenables, d’être contraintes de se marier de force, ou simplement peur pour leur propre vie. Malgré les promesses des talibans sur le respect des droits de la femme, les violences à l’égard de ces dernière restent omniprésentes. Ces mariages forcés auxquelles les femmes afghanes font face, sont des actes d’esclavage sexuel contraires au droit international, en tant que crime de guerre et crime contre l’humanité, définis à l’article 27 de la Convention de Genève du 12 aout 1949. Cette Convention affirme des règles d’humanité qui ont pour but le respect de l’être humain et de sa dignité en temps de conflit.

Les femmes afghanes, entre survie et résistance

Face à la répression talibane, certaines femmes font appel à la communauté internationale afin de défendre leurs droits (3). Leur lutte se conjugue à celle pour la paix, la liberté et l’égalité. Malgré les restrictions, les femmes ne veulent pas perdre les quelques droits reconquis de haute lutte. Continuer à vivre en s’accrochant au peu de liberté qui reste devient un combat de tous les instants .

Prêtes à tout pour montrer la cupidité de ces hommes, elles organisent des manifestations. De nombreuses féministes afghanes y expriment leur façon de voir et de penser.

C’est le cas de Palwasha Achekzai (4), une jeune femme afghane, activiste des droits humains, contrainte de quitter son pays sous la menace des talibans. En août dernier, elle apprend que les talibans ont repris le pouvoir et qu’elle va devoir s’isoler afin de se protéger. Cette femme témoigne de son vécu en Afghanistan : « Je n’avais pas le droit de sortir, seulement couverte pour voir quelques proches et des amis. C’était très dur. Je ne me sentais plus humaine. J’étais juste un corps sans vie qui ne faisait que respirer et ne se rendait pas compte de ce qui était en train d’arriver. Mais un soir, j’ai vu à la télé que les talibans s’étaient emparés de la ville, et je me suis mise vraiment à pleurer. » Actuellement, Palwasha poursuit sa lutte en militant en France. En Afghanistan, c’est devenu trop dangereux. De nombreuses activistes restées au pays sont portées disparues ou ont été tuées.

D’autres choisissent malgré tout de poursuivre leur combat sur place. C’est le cas de Rockshana Reizaï (5), 26 ans, traquée par les talibans parce qu’elle se bat pour les droits des femmes. Elle est obligée de se terrer quelque part dans le pays afin de ne pas être repérée. Cette militante ne cesse de répéter « plutôt mourir que de me taire». Être une honte pour son père ne la freine pas même si ce combat la promet à un avenir incertain. Face à la répression à l’égard des activistes féministes par les fondamentalistes islamistes, elle ne se voit pas renoncer. Selon elle : « Les talibans ont peur des femmes, de notre pouvoir.». Mais, cela suffit-il à expliquer leur comportement ?

Un combat à travers la presse et les réseaux sociaux

Dans le monde entier, les femmes s’expriment sur les réseaux sociaux pour témoigner de leur peur et de leur tristesse en voyant leur pays et toute leur vie tomber à nouveau aux mains des talibans. Des associations et des individus soutenant cette cause ont mis en place des cagnottes en ligne, des pétitions afin de montrer qu’elles ne sont pas seules et que nous les épaulons dans cette lutte sans fin. Le Magazine Elle a dédié 30 pages de reportage exclusif à ces femmes en détresse.

© Une du magazine Elle en soutien aux femmes afghanes

De nombreuses autrices afghanes ont écrit des romans sur les combats de ces femmes qui affrontent avec une peur terrible une idéologie les privant de liberté. C’est le cas de Nadia Hashimi, une écrivaine américaine d’origine afghane qui a écrit La Perle et la Coquille.

© Fnac

Ce superbe roman retrace le parcours d’une jeune femme vivant sous l’occupation talibane et contrainte de se travestir pour jouir de toutes les libertés que les hommes possèdent. Pour de plus amples informations sur ce roman, voir le Blog littérature sur le roman (6).

Cela fait maintenant 8 mois que les talibans exercent de nombreuses pressions sur les femmes afin qu’elles se soumettent à leurs règles.  Quel sera l’avenir de ces femmes afghanes restées au pays pour défendre leurs droits quand on apprend ces derniers jours qu’une crise alimentaire grave vient s’ajouter à toutes leurs difficultés créant un chaos insupportable ?

Article réalisé par PALA Suzanne et TAS Mélissa

Sources :

1) Une brève histoire des talibans https://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-2/13h15/video-afghanistan-une-breve-histoire-des-talibans_4767943.html

2) Quel avenir pour les femmes afghanes sous les talibans? https://www.nationalgeographic.fr/histoire/quel-avenir-pour-les-femmes-afghanes-sous-les-talibans

3) Les féministes en ordre de bataille pour soutenir les femmes afghanes face aux talibans https://www.leparisien.fr/sentinelles/les-feministes-en-ordre-de-bataille-pour-soutenir-les-femmes-afghanes-face-aux-talibans-18-08-2021-LUZVJHOO3RGINGBHLQTJC5JOVU.php  (réservé aux abonnés)

4) Afghanistan : le combat de Palwasha, militante féministe afghane réfugiée à Paris https://information.tv5monde.com/terriennes/afghanistan-le-combat-de-palwasha-militante-feministe-afghane-refugiee-paris-423315

5) « Plutôt mourir que de me taire » : en Afghanistan, le combat de Rokhshana Rezaï  https://www.mediapart.fr/journal/international/050222/plutot-mourir-que-de-me-taire-en-afghanistan-le-combat-de-rokhshana-rezai

6) Blog littérature sur le roman La Perle et la Coquille à consulter : https://vivrelivre19.over-blog.com/2015/07/la-perle-et-la-coquille-nadia-hashimi.html