C’est un vieux débat que l’âge minimum pour accéder au droit de vote. L’idée du passage à 16 ans est soutenue par de nombreux acteurs de la gauche en France : les Socialistes, les Verts, les Communistes, mais aussi à droite.

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L’évolution de l’âge du droit de vote au cours de l’histoire en France suit une courbe descendante. Jusqu’en 1848, on atteignait la majorité à l’âge de vingt-cinq ans. Puis, jusqu’en 1974, la limite était à vingt et un ans. La majorité à 18 ans que nous connaissons actuellement a été instaurée sous Valéry Giscard d’Estaing dans le contexte politique et social post-Mai 68. A l’époque, la jeunesse revendiquait sa participation à la vie politique, à travers des grèves et des manifestations. L »âge du droit de vote a été abaissé pour donner la parole à une jeunesse impliquée.

Aujourd’hui, la situation des jeunes a changé.

On veut encore abaisser l’âge du droit de vote, pour donner la parole à une partie de la population que l’on pense plus motivée à participer aux décisions politiques, mais dans un contexte de baisse générale de cette participation aux élections. C’est donc face au problème politique de la croissance tendancielle de l’abstention en France que l’on voit réapparaître le projet d’abaisser l’âge d’accès au droit de vote. Est-ce un bon calcul? N’est-ce pas prendre le problème à l’envers? Tenter de mobiliser plus massivement les électeurs qui ont déjà le droit de vote ne serait-il pas plus efficace, par exemple avec de nouvelles propositions politiques? Ce serait certes plus pertinent, mais autrement plus compliqué. De plus, est-il évident que cette extension du droit de vote à 16 ans induirait automatiquement une vraie hausse de la participation?

Aujourd’hui, certains sondages montrent que l’idée de ce changement soulève peu d’enthousiasme chez les jeunes. Par ailleurs, plus de trois quarts des électeurs de 18 à 25 ans ne sont pas allés voter au premier tour des dernières élections régionales. Ces jeunes ne semblent pas se reconnaître dans l’offre politique, à l’heure où même les plus âgés votent majoritairement par dépit («contre» et non «pour»).

Cette expérience de baisse de l’âge du droit de vote concerne de nombreux pays

Notre pays n’est pas le premier à poser cette question. L’âge du droit de vote a été abaissé en Autriche depuis 2007, en Suisse dans certains cantons pour les élections communales et cantonales ou en Allemagne depuis 1996 dans certains Landers.

En 2014, en Écosse, lors du référendum sur l’indépendance, on constate que 80 % des 16/18 ans ont voté à cette occasion. L’abstention semble ici diminuer grâce à la participation de nouveaux électeurs, peut-être plus sensibles à la vie politique. Mais on peut aussi penser que ce cas-là est exceptionnel. Etant donné que la question de l’indépendance touche particulièrement tous les Écossais, ce n’est sans doute pas la précocité de la majorité électorale qui a entraîné une mobilisation plus importante des électeurs. La participation générale à ce scrutin était de 84,59%. C’est donc l’importance du sujet qui explique cette forte participation et non l’âge de l’accès au droit de vote.

Quelle évolution en France?

Face à la politique de « priorité donnée à la jeunesse » annoncée lors de sa candidature par François Hollande, il semble logique que le gouvernement cherche à proposer à la jeunesse de participer à la représentation politique « sans parler à sa place ».

L’Union nationale lycéenne (UNL) estime que cette mesure donnerait du souffle à la vie lycéenne et permettrait de développer des débats en classe. Le principal argument, basé sur une logique de responsabilité, est que cela ferait coïncider l’âge de la majorité civique avec celui d’autres majorités que l’on acquiert à 16 ans : la majorité pénale, le droit de signer un contrat de travail, d’adhérer à un syndicat professionnel, de faire un service civique depuis 2010, de devenir sapeur-pompier volontaire, d’ouvrir un compte bancaire personnel, d’avoir une carte vitale personnelle,et depuis 2011 de créer une association avec l’accord parental. L’UNL évoque aussi les élèves des filières technologiques et professionnelles qui suivent des apprentissages en alternance où ils sont confrontés à des problématiques sociales comme le non-respect des conventions collectives, les stages non payés, les bas salaires. Le vote à 16 ans leur permettrait de faire valoir leurs revendications quotidiennes.

Quelle utilité au droit de vote à 16 ans?

Si l’on considère que l’extension du droit de vote doit permettre une meilleure expression et une représentation plus légitime des citoyens , alors il est sans doute préférable de mettre plus d’enjeux dans les situations électorales. En revanche, si l’on pense que voter est principalement utile pour responsabiliser des jeunes qui sont de fait déjà engagés dans des activités citoyennes, alors cette mesure pourrait être légitime. Mais la jeunesse est-elle vraiment désireuse d’exprimer ses attentes et ses espoirs de cette façon ?

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