Quand mars bien mouillé sera, 
Beaucoup de fruits tu cueilleras.

Proverbe, quand tu nous tiens… Car, sur le plan musical, ce mois de mars 2013 aura été particulièrement fructueux –et pluvieux aussi, on vous l’accorde… L’occasion de (re)découvrir quelques perles rares.

Le premier, on l’attendait depuis dix ans. Depuis Reality (2003), disons les choses comme elles sont : on n’y croyait plus vraiment. Quoi, comment ? Vous ne connaissez pas ? Si je vous dis David Robert Jones, c’est mieux ? Toujours pas ? Allez, les puristes l’auront reconnu : il s’agit du grand, de l’immense David Bowie.

Pour son anniversaire, ce veinard s’est offert le cadeau de mettre le monde en émoi avec l’annonce d’un nouvel album. Le 8 janvier, The Next Day est annoncé avec la mise en ligne du clip de « Where Are We Know ? » ; le 26 février sort le clip de « The Stars (Are Out Tonight) ». Et à partir du 28, l’album est disponible en intégralité sur iTunes. La pochette est sobre mais évocatrice puisqu’il s’agit de celle de Heroes barrée en son centre d’un carré blanc sur lequel est écrit « The Next Day ».

Bowie fatigué ? Bowie pas mort !

Retour d’une icône de la pop ou pétard mouillé ? Il faut dire qu’à la première écoute, on oscillerait plutôt vers le second choix. Les chansons s’enchainent, et l’impression dominante qui ressort est celle d’une forte dissonance. Bowie semble jouer avec les sonorités acides (Dancing Out In Space, You Feel So Lonely You Could Die), s’amuse à déstructurer les morceaux (If You Can See Me), jongle avec tous ces exercices –non sans péril- si bien qu’on se trouve décontenancé. On vous l’a dit, la première écoute est, n’ayons pas peur des mots, franchement désagréable. Mais c’est justement ce qui caractérise un grand album.

The Next Day est un grand album. Il faut du temps pour l’apprivoiser ; deux, voire trois écoutes. Mais à l’arrivée, le plaisir n’en est que plus grand. Illustration : The Next Day, le titre ouvrant l’album, qui paraît extrêmement dissonant à la première écoute, se révèle ensuite particulièrement intéressant du côté de la rythmique résolument rock. « Here I am, not quite dying » : Bowie n’est pas mort, et il le fait savoir, le bougre ! Dirty Boys et son tempo lent dégage une certaine sensualité (merci au saxophone !), alors que The Stars (Are Out Tonight) est plus axé rock. La première grosse claque de l’album se nomme Where Are We Now?. Mélodie planante au piano, solo efficace, un sans-faute pour Bowie. I’d Rather Be High se révèle facile d’accès, rafraichissante au milieu de l’album. Boss Of Me n’est pas sans rappeler Fall Dogs Bomb The Moon, à la rythmique simple mais implacable. (You Will) Set The World On Fire est un hymne aux guitares des Stones, rock bowiesque. Dans You Feel So Lonely You Could Die, la référence finale à Five Years au niveau de la batterie est évidente. Plan est original -sans parole- avec ses guitares grasses comme on les aime. I’ll Take You There termine l’album sur une touche mi-rock, mi-funky. On regrettera les (trop) dissonants If You Can See Me, Dancing Out In Space et How Does The Grass Grow? dans lesquels Bowie s’est (un peu) perdu.

Faisons dans le français à présent. Ils sont nouveaux, ils s’appellent Les Fouteurs de Joie, et leur album « La Belle Vie » fait souffler un doux zéphyr sur la chanson française.  À mi-chemin entre Dutronc -père et fils- et Ray Ventura, leurs titres tour à tour jazzy puis pop procurent d’agréables sensations.

Les fouteurs de joie © Photo : Sylvain GRIPOIX

Nicolas Ducron, Alexandre Léauthaud, Tom Poisson, Laurent Madiot et Christophe Dorémus y peignent avec humour et légèreté l’amour et ses chagrins (Elizabeth, Maudit avion), le patronat (Oh mon patron) et le licenciement (Sortie d’usine), les médias (Mal au cerveau), l’argent (La belle vie) et… l’andouillette (L’andouillette). Bref, toutes ces petites choses qui nous empoisonnent l’existence et mettent à mal notre joie de vivre.

La leçon du jour, après le proverbe ?

Suspends un jambon un violon à ta porte

Et tu verras rappliquer les copains

Tous tes soucis que le Diable les emporte

Jusqu’à demain

(Un violon un jambon, reprise de la chanson de Gainsbourg).

 

À signaler aussi : la sortie du dernier disque de Jean-Louis Murat : Toboggan, ainsi que celle des Strokes, qui avec Comedown Machine retournent dans les 80’s !

Valentin T.