Chose promise, chose due. Comme Emmanuel Macron l’a annoncé pendant sa campagne présidentielle, il entend bien réformer le baccalauréat d’ici à la fin de son mandat. Revenons donc sur les grandes lignes du rapport Mathiot du 24 janvier 2018 et sur les dires du ministre de l’Éducation Nationale Jean-Michel Blanquer, qui annoncent une vague de changement au sein de l’enseignement secondaire…

La fin des filières S, ES et L

Difficile d’être passé à côté de cette mesure ces derniers temps : les filières générales instaurées en 1995 se verront supprimées. Elles seront remplacées par trois disciplines dites « majeures » que chaque lycéen devra choisir en première, puis seulement deux en terminale, auxquelles se rajouteront deux matières « mineures ». Un vrai lycée à la carte donc, dans lequel figure tout de même un tronc commun : histoire-géographie, EMC, langues vivantes, EPS, français en première, philosophie en terminale, euh… en « classe de la maturité » plutôt.

À cela s’ajoute une nouvelle matière désignée par la belle appellation d’ « humanités scientifiques et numériques », à raison de 2h hebdomadaires. D’après le ministre, elle « donnera à tous les lycéens les connaissances indispensables pour vivre et agir dans le XXIe siècle en approfondissant les compétences numériques de l’élève ainsi que sa compréhension des grandes transformations scientifiques et technologiques de notre temps », ce qui est fort honorable. Les options, quant à elles, seront conservées et même enrichies, pour les mathématiques en tout cas, avec « Mathématiques expertes » et « Mathématiques complémentaires ».

L’ensemble du tronc commun occupera pour les premières et terminales, respectivement 15h30 et 16h dans l’emploi du temps, le reste étant réservé aux disciplines de spécialité à hauteur de 3 fois 4h et 2 fois 6h, puis 1h30 dédiée à l’orientation et 3h par option.

Un examen repensé

Un nouveau baccalauréat?

 

Fini le flot insurmontable d’épreuves pendant le mois de juin. Certes, les épreuves anticipées de français orale et écrite en première sont conservées, mais désormais, le nouvel examen prévu pour 2021 ne se composera plus que de quatre épreuves en terminale : deux épreuves écrites portant sur les disciplines majeures choisies se déroulant au printemps, une épreuve de philosophie, et enfin… un grand oral. Il se déroulerait en juin et consisterait en une présentation de dix minutes sur un projet préparé sur deux ans, suivi de dix minutes de questions avec un jury composé de trois intervenants. Un TPE, en somme…

Ces épreuves constitueront 60 % de la note finale, sachant que les 40 % restants sont laissés au contrôle continu. D’une part, 10 % correspondront aux résultats du bulletin scolaire afin d’encourager un travail régulier de la part des élèves, et cela, tout au long de l’année. D’autre part, 30 % proviendront d’épreuves communes dont les sujets devraient être issus d’une «  banque commune d’épreuves ».

Les limites de la réforme

Il s’agit là d’une réforme assez ambitieuse que le gouvernement nous propose, peut-être un peu trop. Outre les flous persistants sur les disciplines de spécialité qui nécessiteraient un souci minutieux de l’organisation (une dizaine de combinaisons possibles, voire plus), il faudrait repenser le principe même de la classe dans ce lycée à géométrie variable. Surtout que si le lycée bénéficie bien d’une « large autonomie de fonctionnement », cette organisation devra passer par l’administration de chaque établissement, et tout le monde sait à quel point les administrations sont, en général, très compétentes.

Un grand oral?

Et puis, ce grand oral, parlons-en. Premièrement, 20 à 30 minutes sont-elles vraiment suffisantes pour témoigner d’un travail qui se déroule sur deux ans ? Surtout que, comparé aux TPE actuels, les points que vous obtenez font partie intégrante de la note finale, plus question de bonus ici. Enfin, il sera sûrement un facteur d’inégalités, puisque n’est pas éloquent qui veut. Bien sûr, on ne parlera pas du choix du projet car le métier des parents ne favorise absolument pas la réussite de l’élève dans ce genre d’épreuve. Le fils d’un ouvrier par exemple, il a autant de chances de briller sur un projet scientifique que le fils d’un physicien, d’un biologiste ou autres, c’est bien connu…

Et pour les professeurs ? La nouvelle matière « humanités numériques et scientifiques », qui devrait être enseigné par plusieurs professeurs laisse perplexe : le principe semble joli sur le papier mais, concrètement, on ne sait pas vraiment ce à quoi cela va ressembler et son organisation s’annonce complexe. Nombre de professeurs sont d’ailleurs inquiets pour l’avenir, principalement les professeurs de SVT et de physique-Chimie, dont les matières vont devenir optionnelles dès la Première et pour qui une réduction d’heures de cours en Seconde semble très probable.

« Alors que la France a besoin de scientifiques, faire des SVT une discipline non obligatoire est un grave recul de notre enseignement. », a dit Serge Lacassie, président de l’Association des Professeurs de Biologie et de Géologie.

Finalement, est-ce que cette réforme va être bénéfique pour l’éducation ? À part une meilleure répartition des examens de terminale, le reste n’est pas très prometteur. Tout cela s’annonce compliqué à mettre en place. Pourtant, essayons de rester optimiste car, qui sait,   les résultats se révéleront peut-être positifs. Seul l’avenir nous le dira.

Salah

Lien vers des infographies sur le site du Ministère de l’Education Nationale:

http://cache.media.education.gouv.fr/file/05_-_Mai/54/3/BAC2021_6pages_941543.pdf