Des élèves de seconde C se sont prêtés au jeu de la critique, encadrés par leur professeur de lettres pour l’enseignement d’exploration « littérature et société », M. Gilly. Cela donne des textes originaux. A vous de juger!

Sous la forme d’un dialogue écrit par Margot Amadeï et Marion Benoist-Grandmaison:

Les élèves de seconde C interrogent l'auteur

Les élèves de seconde C interrogent l’auteur

/!\WARNING SPOILERS /!\

– T’en penses quoi toi du livre ?

– Je pense que c’est un bon livre, j’aime bien le fait que ce soit un monologue et qu’on entre du coup dans les pensées de Moussa, qui nous décrit son monde d’une manière très, voire trop réaliste.

– Je suis d’accord avec toi pour le monologue, par contre, je ne trouve pas que le réalisme soit de trop. Au contraire, j’adore l’utilisation en masse de mots crus «J’étais drôlement soulagé comme quand tu retiens une pisse brûlante pendant 36 ans et que tu as enfin le droit de vider tes couilles.», c’est assez violent ! Appréciable…

– Je comprends, mais justement, pour des personnes sensibles, ça peut être assez choquant. C’est l’idée me diras-tu, ce livre est là pour faire réagir, interpeller. Parce que l’histoire de Moussa, c’est l’histoire d’une personne seule, dont l’unique ami ne peut pas s’exprimer librement dans son pays. C’est l’histoire de cette solitude qu’on observe au travers de son dictaphone qui est son seul compagnon dans la morgue déserte où il travaille.

– Oui c’est ça, l’auteur, Mustafa Benfodil étant lui même journaliste, a voulu représenter la censure présente en Algérie grâce au personnage d’Aziz, l’ami de Moussa qui risque à tout moment d’être emprisonné.

-D’ailleurs , il nous a expliqué durant la rencontre qu’il avait lui-même été séquestré et réprimé pour ses idées. Il a également vu des amis mourir pour des lettres, des mots, des phrases, lors d’attentats privant les intellectuels de diffuser leurs convictions ; il y a échappé de justesse.

-Et t’en penses quoi de la transe de Moussa à la suite de l’annonce de l’immolation d’Aziz?

– C’est un moment très fort, je pense que l’auteur recrache à ce moment tout ce qu’il a pu ressentir à l’écriture de son livre.

– Exact, je trouve ça poignant, revigorant dans le sens où on lit seulement des mots frappants, qui se suffisent à eux-mêmes, ne voulant parfois rien dire. Ce n’est pas quelque chose d’habituel pour une œuvre de comporter des onomatopées et autant de ponctuation laissant place à une atmosphère chamanique, à la limite de la violence.

– Certes, très puissant, je m’y suis même perdue à la lecture. Et d’ailleurs en parlant de mots qui n’ont aucun sens, tu préfères les lire et t’imaginer leur signification ou voir un acteur le jouer et exprimer leur sens ?

– Je préfère largement le lire, être dans ma bulle, interpréter tous les termes à ma façon, et toi ?

– Je pense que le voir joué apporterait beaucoup au texte. Tous les moments de silence qui ponctuent le récit prendraient du sens si on restait en silence une minute dans le noir à réfléchir à ce qu’on viendrait de voir. Et cela rendrait certains passages plus intenses.

– Un livre intense.

– Un livre intense…