Des élèves de seconde A en « littérature et société » se sont prêtés au jeu de la critique littéraire, avec  leur professeur de lettres, M. Gilly.

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Joseph a lu Article 353 du code pénal

Ma dernière séance de psy remonte maintenant à ma tendre enfance. Ce n’est pas qu’elle soit très loin, mais suffisamment pour éveiller en moi ce qu’on appelle des souvenirs: cette sensation d’incertitude en sortant de la salle et la frustration de n’avoir suivi qu’une séance pour enfant. Après avoir refermé le livre de Tanguy Viel, ces impressions revinrent portées par ma trop grande empathie.

Une simple histoire de meurtre, au fin fond de la Bretagne, amené par une escroquerie financière. Comment une histoire aussi banale d’homicide a-t-elle pu amener autant de sentiment en moi, qui suis habituellement proche du sadisme envers les personnages ?

En tant que lecteur, je fus trompé par les allures de mauvais polar du livre. Encore une histoire de meurtre vue et revue, mise à toutes les sauces et pour tous les goûts. Mais cette apparence trompeuse cachait un texte bien plus intéressant que ces sagas policières.

En effet, si l’intérêt du livre était le meurtre, j’aurais suivi l’enseignement de PH (voir critique de Paul Henry publié précédemment) et je m’en serais servi de cale-table. Heureusement, je n’eus pas à céder à de telles violences car le réel intérêt du texte est la psychologie du personnage principal, Martial Kermeur. Pourquoi un ouvrier licencié commet l’homicide de ce promoteur immobilier chauve : Antoine Lazenec ?

Donc oui, ce texte a dû piéger les lecteurs les plus « ras-les pâquerettes » ou ceux qui s’attendaient à un roman policier. Seulement, je ne m’attendais pas à un roman policier et j’ai pu, pour une fois, être moins terre à terre qu’à mon accoutumée.

Je fus touché par la chute mentale du père, son désespoir de plus en plus profond et son entourage entraîné dans cette chute terrible. Tous les personnages sombrent un à un, accompagnant Kermeur dans la dépression.

Le plus marquant est le fils échangeant son rôle avec son père, se vengeant à sa place. Le seul vrai bémol serait le juge, qu’il vaut mieux ignorer, et sa décision finale qui, peut-être, brise l’intensité de la dépression qui est le centre du livre.

Ce livre, à la manière de L’Étranger de Camus, expose la destruction d’un homme, destruction amenée par une fausse allure de roman policier, qui gênera et décevra les lecteurs les plus simples.