La crise qui secoue actuellement l’Ukraine n’est pas évidente à comprendre pour un « non spécialiste » de cette région. Un retour en arrière dans l’histoire s’impose pour essayer d’y voir plus clair.

L’Ukraine, pays situé à l’ouest de la Russie, au-dessous de la Biélorussie et partageant ses frontières de l’ouest avec la Pologne, la Slovaquie, la Hongrie et la Roumanie, est traversée  par le Dniepr. Non content de créer une frontière géographique, ce fleuve sépare également le pays politiquement, et ce depuis le Moyen Age. Depuis cette époque, l’Ukraine a subie des influences polonaises et austro-hongroises à l’ouest et russes à l’est, puisque ces trois états l’ont successivement ou simultanément occupée au cours de l’histoire.

A partir de 1917, après s’être libérée de la domination de l’Empire Russe, l’Ukraine connaît une période d’indépendance qui se poursuivra jusqu’en 1922, lors de son entrée dans l’URSS.

Staline écrase alors la culture ukrainienne, et de grandes famines surviennent entre 1932 et 1933. Appelées Holodomor, c’est à dire « extermination par la faim », elles sont, selon de très nombreux historiens, volontairement créées, ou du moins largement amplifiées par Staline, voulant éradiquer la paysannerie et les nationalistes ukrainiens anti-socialistes. L’Holodomor, toujours nié par la Russie et qualifié en 2006 de génocide par l’Ukraine, a été reconnu en 2008 comme un crime contre l’humanité par le Parlement Européen.

 La Crimée, péninsule au sud de l’Ukraine, ayant appartenu à la Russie, et toujours russophone, est offerte en 1954 à la République Socialiste d’Ukraine lors du tricentenaire de l’unification entre l’Ukraine et la Russie tsariste. Cette date n’est en fait qu’un prétexte pour offrir ce territoire à l’Ukraine et tenter d’apaiser les tensions qui se créent dans la population à l’égard des Russes. En 1991, avec la chute du bloc communiste, l’Ukraine recouvre son indépendance. Elle devient un pays autonome. Jusqu’en 2004, l’Ukraine reste contrôlée par la Russie, mais la révolution orange menée la même année amène au pouvoir des forces politiques libérales et antirusses. Le pays se retrouve affaibli par la crise, les importantes factures gazières et la corruption.

En 2010, Viktor Ianoukovitch est élu à la tête du pays. L’Ukraine est alors courtisée par ses voisins européens et Russes avec qui elle entretient de fortes relations commerciales (37,7 milliards d’euros avec l’UE, 24,1 avec la Russie).

L‘Union Européenne entreprend de l’intégrer dans un accord de libre échange qui vise aussi d’autres anciennes républiques soviétiques. La Russie cherche à l’incorporer dans une grande Union eurasienne. Les négociations sont brusquement arrêtées en novembre 2013. Ianoukovitch annonce un rapprochement avec les Russes et coupe les négociations avec l’UE. Une vague de manifestations débute dans le pays pour contester la décision. La révolte se concentre à Kiev, sur la place Maïdan.

Les batailles sont violemment réprimées et ont des allures de guerre civiles. Elles conduisent le 22 février 2014 à la destitution de Viktor Ianoukovitch, qui prend la fuite vers la Russie.

 La Crimée est envahie par les russes le 16 mars, qui organisent un référendum pour la rattacher à la Russie. Le « oui » est quasi unanime, mais il n’est pas sans rappeler qu’il a été organisé par les Russes, dans une zone quadrillée par leurs soldats. Il est vrai que 60% sont de culture russe et russophones, mais les 40% restant y sont farouchement opposés. On y trouve d’ailleurs 12% de Tatars, une minorité musulmane terrorisée par Poutine.

Ainsi, dans une Ukraine profondément divisée, l’ouest regardant vers l’Europe et l’est montrant un attachement Russe, les autorités de transition cherchent à éviter toute sécession.

Malheureusement, c’est aujourd’hui une immense rupture qui scinde le pays. Celle-ci se voyait notamment déjà  à travers les résultats obtenus aux élections de 2010, en faveur de Viktor Ianoukovitch à l’est et de Ioulia Timochenko, ex-premier ministre proche de l’Union Européenne, à l’ouest. Si l’histoire explique l’existence du véritable fossé qui s’est créé entre l’est et l’ouest, il est aujourd’hui absolument nécessaire de ne pas laisser celui-ci s’élargir, au risque de laisser un terrain propice à une réelle guerre civile.

 Mona et Arthur