M. et S. en classe de seconde étaient dans le mouvement lycéen de décembre. Elles reviennent sur cette expérience, en répondant  à nos questions. 

La volonté de réformer le baccalauréat existe déjà depuis un moment. En novembre 2017, Jean-Michel Blanquer demande qu’on s’intéresse à la conception d’un nouveau bac. La mission est acceptée par Pierre Mathiot (ancien directeur de l’IEP de Lille) et son équipe. Le 24 janvier 2018, Pierre Mathiot livre son rapport qui porte alors le titre prometteur de « nouveau baccalauréat pour construire le lycée des possibles ». Après plusieurs consultations et négociations, la réforme est lancée officiellement le 14 février 2018. Malgré quelques oppositions minoritaires, il faudra attendre presque 10 mois pour qu’un mouvement lycéen se mette en place, s’organise et exprime un certain désaccord.

Qu’est-ce qui vous dérangeait le plus dans cette réforme?

Le côté inégalitaire d’abord. Puis, le fait qu’on doive s’intéresser à son orientation de plus en plus tôt.

Mais, tout ne nous déplaisait pas au premier abord. Ce qui nous séduisait, c’était d’avoir accès aux matières qui nous plaisent, beaucoup plus tôt. La conseillère d’orientation en 3e m’avait dit : tu pourras faire les matières qui te plaisent…

A l’arrivée, ce n’est pas vraiment ce qui se passe. On nous a demandé de continuer à penser « filières », de ne pas faire des associations bizarres. Du coup, nos choix sont restreints et contraints par l’établissement. A l’heure actuelle, on est encore dans le semi inconnu.

DR – Photo de Lucie Boutry

D’après vous, pourquoi la mobilisation a-t-elle été si tardive? 

D’abord, la réforme a été annoncée tardivement. On était encore en troisième. A l’entrée en seconde, on a eu très peu d’information. Les proviseurs des lycées présentaient la réforme aux parents avec les papiers informatifs distribués à la fin de l’année scolaire 2017-2018. L’absence d’information a entraîné l’incompréhension et dans la peur de rater un détail, on ne bougeait pas. Cela ne nous paraissait pas clair. Souvent, les 54 heures d’orientation promises par l’Education Nationale n’ont pas été effectuées dans leur intégralité et variaient en fonction du lycée. Elles ont même parfois été oubliées. Les professeurs eux-mêmes pouvaient être dans l’incapacité de venir en aide aux élèves dans leurs  choix.

Il a fallu un moment avant qu’on prenne conscience des enjeux. Et puis, il n’y avait pas que la réforme du bac pour 2021. Il y avait aussi Parcoursup et l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants étrangers non européens.

Les facteurs déclenchants sont liés au contexte social : en novembre, la révolte des gilets jaunes et à Marseille, l’effondrement des immeubles de la rue d’Aubagne pas très loin de notre lycée. On avait un sentiment général de ne pas être respectés en tant qu’êtres humains, mélangé à un sentiment d’angoisse pour nos études.

DR – Photo de Lucie Boutry

Pourquoi avoir eu recours au blocus?

Certes, il existe d’autres moyens de contestation. Bloquer un lieu public comme un lycée n’est peut-être pas le moyen le plus efficace. Mais, dans le contexte et la volonté d’agir, il s’est avéré être le plus logique pour nous faire entendre. Il a permis aussi que certains élèves ne souhaitant pas être absents en cours puissent participer aux manifestations organisées durant ces derniers. Le blocus, c’est un moyen frappant. C’était une manière de rendre notre mouvement visible. Il est vrai que cela n’a pas trop marché, puisque le gouvernement a fait la sourde oreille et continue d’ignorer le mécontentement…