Si vous êtes un Thierien pur jus, le genre qui prend scrupuleusement des notes lors du discours d’inauguration du proviseur en début d’année, vous savez qu’ici, dans notre « illustre cité scolaire », on marche dans les pas des grands : Marcel Pagnol et Ampère ont mis les pieds ici, rien que ça.

Mais ce qu’on ne vous a peut-être pas dit, c’est que beaucoup d’autres personnes importantes, ou qui avaient un lien proche avec des personnages célèbres, sont venus étudier à Thiers. Nous parlerons aujourd’hui d’un homme politique, d’un homme de lettres, d’un avocat et d’un proche du maréchal Pétain.

Presque président

Thiers n’a pas fait qu’accueillir en ses murs le président de la République Adolphe Thiers et le frère du président de la République Raymond Poincaré, Lucien Poincaré ; il a aussi accueilli un ministre des Finances, de l’Économie, Secrétaire général de la République, député et Premier ministre : Edouard Balladur.

Edouard Balladur, né en 1929, est le fils d’immigrants turcs. Sa famille installée au boulevard Chave, le jeune Balladur rentre au lycée Thiers à l’âge de 13 ans. Il y sort avec son bac, et part vivre à Paris. Il y effectue des études de droit à SciencesPo, et intègre l’École Nationale d’Administration à l’âge de 26 ans. En moins de vingt ans, Balladur passe du cabinet de George Pompidou, président de la République de l’époque, à ministre de l’Économie, avant de devenir Premier ministre sous François Mitterand. Il se présente aux élections présidentielles 1995 mais échoue, peinant à convaincre l’électorat, et persécuté par les Guignols de l’Info, qui lui donnent le sobriquet de « Couille-Moulle ». Pas de chance.

Un pic, un cap, un roc…

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Le choix pour le lauréat « Homme de lettres célèbre mais inconnu » fut dur. Nous ne pouvions pas choisir Marcel Pagnol qui, même s’il est peut-être le plus célèbre à l’extérieur du l’établissement, est connu de tous les Thieriens. Alors, entre Victor-Henri Debidour, brillant helléniste étudié partout en France et dans les universités, et Albert Cohen, auteur de Belle du Seigneur, primé par l’Académie française comme « un des chefs d’œuvre de ce siècle », nous avons choisi Edmond Rostand.

Edmond Rostand, né en 1868 et mort en 1918, est le descendant d’une famille de notables de Marseille : son grand-père, Alexis-Joseph Rostand, en a été le maire (que pendant deux ans, le record de Jean-Claude Gaudin est sauf), et son père, Eugène, président de la Banque populaire de Marseille.

Edmond rentre au lycée Thiers en 1879, et y reste jusqu’en 1884. Là, il déménage avec sa famille à Paris, et continue ses études au Collège Stanislas. Il écrit ses premiers poèmes (d’abord en prose), puis se lance dans l’écriture de pièces de théâtre. Nous devons à ce Thierien une des pièces de théâtre françaises la plus célèbre, Cyrano de Bergerac, qu’il écrira dix-huit ans après avoir quitté le lycée Thiers.

Rostand était tellement persuadé que sa pièce serait un désastre, que, le premier jour de sa représentation, il alla s’excuser auprès du comédien principal. Ses craintes ne furent finalement pas avérées : à la fin de la représentation, le ministre des Finances de l’époque, Georges Cochery, se rendit dans la loge du dramaturge, et lui accrocha sa propre Légion d’honneur à la veste en lui disant « Je me permets de prendre un peu d’avance ».

L’avocat de Léon Blum : Félix Gouin

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L’homme, né en 1884, entre au lycée Thiers à une date inconnue. Il s’engage volontairement dans l’armée et combat à Verdun durant la Première guerre mondiale. Il en sort physiquement indemne, mais l’expérience le pousse à se lancer en politique à la fin de la guerre : il devient maire, puis en 1938, vice-président du groupe socialiste à l’Assemblée.

En juillet 1940, il est invité à se rendre à Vichy, comme tous les autres parlementaires, pour voter les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Il est l’un des seuls 80 parlementaires qui votent « Contre », s’exposant aux dangers que voter contre Pétain représentait. Il se rallie pendant la guerre au général de Gaulle, et devient Président du gouvernement provisoire de la République française (gouvernement instauré après la chute du gouvernement de Vichy pour créer une transition vers la IVème République) en 1946. Il est resté célèbre pour avoir été l’avocat de Léon Blum, avec qui il était ami, durant le procès de Riom, où le maréchal Pétain avait tenté de le faire condamner.

Descendant de Napoléon et maréchaliste

Et d’ailleurs, connaissez-vous le point commun entre la devise du gouvernement de Pétain « Travail-Famille-Patrie » et le ministère de l’Education nationale du régime de Vichy ? Les deux sont des créations d’élèves du lycée Thiers.
En effet, l’inventeur de la devise (Maxime Weygand, grand général de la Première guerre mondiale et grand collaborateur) et un des hommes coupable de l’instauration et développement du sport au bac (Abel Bonnard) étaient à Thiers. Maxime Weygand étant assez bien documenté sur Internet, nous parlerons plutôt de Bonnard.

Abel Bonnard (1883-1968) est né à Poitiers. Sa mère est corse et son père est Ernest André Étienne Bonnard, un directeur de prison. Mais le père biologique de Bonnard est en réalité Joseph Napoléon, ce qui fait de lui le petit-neveu de Napoléon Premier.

Pendant son enfance, des maîtres lui font des cours chez lui, et il commence à apprendre le latin et le grec à l’âge de six ans. Il rentre finalement au lycée Thiers en octobre 1893, où il est rejeté par les autres élèves. Il sèche les cours ou arrive en retard, mais obtient des récompenses en composition, en latin, grec ancien et en histoire, alors qu’il passe beaucoup de ses heures de cours au CDI du lycée. (oui, c’était avant Pronotes)

Une fois son bac en poche, il quitte Thiers et se fait connaître à Paris en tant qu’écrivain dans les milieux parisiens : à trente ans, il est considéré comme l’un des plus grands auteurs de son temps, aux côtés de Giraudoux et Céline, et devient le nègre littéraire du général Weygand, qui était lui aussi élève à Thiers une dizaine d’années avant que Bonnard ne rentre en 6ème.

En utilisant les réseaux de ses lecteurs, qui appartiennent aux milieux de la droite traditionaliste et de l’extrême-droite, il commence une carrière politique dans les années 1935. On lui accorde une interview avec Adolphe (Hitler, pas Thiers, pour le coup), il se rapproche de Pétain, et est appelé par son copain Pierre Laval, le numéro 2 du régime de Vichy, à devenir le Ministre de l’éducation. Ni une ni deux, il s’attèle à la tâche, et continue les réformes de l’enseignement abrutissantes mises en place par le régime : suppression de la philosophie, sport au bac pour la toute première fois, développement des infrastructures sportives pour les élèves des lycées.

Mais la guerre touche à sa fin. Bonnard, maréchaliste convaincu, fait partie du petit groupe des « Ultras », à savoir les plus grands supporters de Pétain. Le gouvernement d’un autre Thierien, celui de Félix Gouin, le condamne à mort, et il se réfugie en Espagne pour éviter l’exécution.

Vous connaissez d’autres Thieriens célèbres ? Vous avez envie d’en rajouter, voire même de devenir journaliste sur le site La Terre en Thiers ? N’hésitez pas à envoyer un mail à lycee.cdi@laposte.net ! 😀