Dans la tradition des romans-feuilletons français du XIXe siècle publiés dans la presse, nous vous proposons le troisième chapitre du roman de Mélanie, création originale spécialement conçue pour La Terre en Thiers. Laissez-vous entraîner par les sentiments d’Emilie, son personnage principal, héroïne d’aujourd’hui en proie à des passions tristes. Nous publions les épisodes au fur et à mesure de leur écriture.
LTET Légère comme du plomb

« Je suis Luc… C’est la seule chose que tu dois savoir pour le moment.. » DR Mélanie

 

 « Ton silence ne te protégera pas! »

C’était comme si on voulait lui faire passer un message. Elle ne voulait pas se protéger, elle voulait juste ne pas parler, continuant chaque fois un peu plus à se renfermer sur elle. Elle tombait dans la solitude, s’inventant des souvenirs, des choses qui auraient pu se passer entre elle, Zayn, et leurs parents, une situation pouvant expliquer les photos que Zayn lui avait montrer la veille…

Finalement, au bout de quelques instants, elle abandonna, ne réussissant pas à créer quelque chose de vrai.

Elle posa ses coudes sur le petit muret qu’elle voulait franchir pour faire le saut de l’ange dans le vide et se libérer de ce poids qui la maintenait au sol, l’empêchant de prendre son envol telle une colombe blessée qui arpente les montagnes enneigées.


Elle n’éprouvait rien, pas de tristesse sans nom, pas d’amour inconditionnel pour une personne, pas de peur face à la mort, seulement une effroyable haine contre elle-même. Elle avait tout oublié! Qu’est ce qu’elle pouvait perdre à présent? La seule réponse, c’était rien! Elle avait tout perdu en l’espace de quelques secondes, ses parents puis tout le reste.
Il lui restait juste le maigre fil qui la maintenait debout mais elle ne se sentait pas libre de ses mouvements, c’était juste une marionnette dont les fils était tirés de manière parfois adroites, parfois maladroites.

Elle se sentait totalement vide, les gens passaient sans prêter la moindre attention à cette adolescente aux idées suicidaires, la tête dans les nuages et le coeur dans le brouillard de ses sentiments… Elle voyait des couples se tenir par la main et rigolant, un petit garçon qui devait avoir 9 ans au maximum courir, essayant tant bien que mal de semer ses parents. 

Est-ce qu’elle aussi avait été comme ça ? Est-ce qu’elle avait fait les mêmes bêtises que les autres enfants ? Elle n’en savait rien et le fait d’y repenser la replongeait dans l’abîme de ses songes.

Comment se faisait-il que les gens la connaissaient depuis toute petite, alors qu’elle ne possédait que des photos, ces fragments de temps pour essayer de se souvenir?

Elle ne savait même pas ce qui la faisait continuer à vivre, elle était écœurée de la vie.

Mais ne voulait pas pour autant choisir cette solution de simplicité, elle détourna le regard de ce maigre cours d’eau puis tout en tournant les talons, s’éloigna de cette source abondante de larmes.

Elle ne percevait aucune parole distincte, comme si après sa capacité à parler, son ouïe avait aussi décidé de l’abandonner. Tout n’était qu’un amalgame de mots sans aucun sens les uns à la suite des autres. Elle percevait tantôt des phrases d’avertissement, tantôt des phrases moins agressives. Tantôt des mots d’amour et d’autres fois, les mots traduisaient des ressentiments puissants émanant de la foule autour d’elle.

En rentrant chez elle, Emilie s’était à nouveau enfermée dans sa chambre mais avait descendu toutes les photos du grenier pour essayer de voir jusqu’où elle se souvenait. Ainsi, elle tenta de remettre les arrêts sur image dans l’ordre, de l’anniversaire d’Enzo à Noël. Elle parvint ainsi à remonter jusqu’à son anniversaire…

Mais ce qui l’étonnait, c’était que sur plusieurs photos, au dernier plan, il y avait l’homme qu’elle avait vu au cimetière.

Elle prit une dizaine de photo avec le fameux inconnu et partit dans la chambre de Zayn pour lui demander.

-Z-Zayn… Commença-t-elle

A l’entente seule de ces mots, le dénommé se retourna, un sourire aux lèvres… Elle avait enfin parlé.

-Qui est cet homme? Demanda Emilie en montrant les différentes photos.

Zayn avait beau regarder, il ne voyait pas de qui sa sœur pouvait bien parler. Il n’y avait qu’elle et sa famille.

-Quel homme? Il n’y a personne. Répondit Zayn commençant à avoir un peu peur. Tu vois quelqu’un, toi?

Seule Emilie pouvait voir cet homme? Elle se contenta de regarder Zayn puis ressortit, ayant à présent encore plus de questions à poser, mais personne ne pouvant y répondre. Personne ne pouvait lui apporter les réponses qu’elle attendait.

Elle rentra tête baissée dans sa chambre. Et jeta les photos sur son lit avec les autres.

-Alors comme ça on cherche à savoir qui je suis? Demanda un homme légèrement amusé, Tu ne le sais pas, mais en revanche moi je te connais mieux que tu ne le crois… Je suis Luc… C’est la seule chose que tu dois savoir pour le moment…

Luc était assis sur le bureau d’Emilie, la regardant droit dans les yeux.