En février 2017, l’association « SOS Homophobie » est intervenue dans toutes les classes de seconde du lycée Thiers. A cette occasion, nous avons voulu en savoir plus sur cet organisme, la cause qu’il défend et les moyens qu’il mobilise. Quatre de ses membres, Clotilde, Stéphane, Charles et Christophe ont bien voulu répondre à nos questions. Voici ce que nous avons retenu de cet échange.
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Visuel de l’association SOS Homophobie dans le cadre de l’enquête nationale sur les LGTB racisé-e-s en mars-avril 2017

LTET : D’après la définition du Larousse, l’homophobie se caractérise par « le rejet de l’homosexualité, l’hostilité systématique à l’égard des homosexuels ». Pourquoi ce rejet est-il encore si répandu ?

Stéphane : Il n’y a pas de réponse unique à cette question. La conviction de SOS homophobie est que la cause principale de ce rejet repose sur le sexisme. L’homosexualité force la remise en cause du patriarcat, et tous n’y sont pas prêts. Je pense aussi qu’il y a un tabou énorme autour de la sexualité en général, celle qui ne sert pas à faire des enfants, et que les homophobes projettent quelque chose de très sexuel sur les homos.

Clotilde : Nous vivons dans un monde hétéro-normé et le rapport de force écrase trop souvent les minorités, quelles qu’elles soient… (ici pour le sexe mais ailleurs pour d’autres raisons comme la couleur de peau, l’apparence physique ou autre…). Les discriminations sont liées à une norme qui s’impose dans la société.

LTET : Pourquoi êtes-vous engagé(e) dans le combat contre l’homophobie ?

Charles : J’ai rejoint SOS Homophobie pour participer aux Interventions en Milieu Scolaire, parce que ce travail de proximité permet d’améliorer, au quotidien, la vie d’élèves et de jeunes LGBT (Lesbiennes, Gays, Bi.e.s, Trans), aussi bien à l’école qu’en-dehors.

Stéphane : Parce que je rêve d’une société non patriarcale. Parce que l’homophobie est encore aujourd’hui une source de souffrance, je pense notamment aux personnes trans qui vivent quasi systématiquement toutes les violences, physiques, psychologiques, sociales.

LTET : Etes-vous touché(e) personnellement par le problème de l’homophobie ?

Clotilde : Ayant un fils gay, je pense qu’il faut vraiment que chaque jeune puisse vivre son orientation sexuelle sans être stigmatisé ni harcelé et que chacun cesse d’avoir peur de ce qu’il ne connaît pas. Faire reculer l’homophobie, comme le racisme, la xénophobie, etc. participe de cet engagement.

Charles: J’ai personnellement eu la chance d’évoluer dans des milieux ouverts d’esprit, y compris en famille. Le choc a donc été d’autant plus grand lorsque cela m’est arrivé : en 2012, j’ai visité un appartement en colocation et rencontré deux filles parmi la dizaine de personnes qui habitaient là (c’était un grand triplex). Le courant passant bien, il est venu naturellement dans la conversation que j’étais gay. Mais elles m’ont ensuite expliqué, par SMS, que certains garçons parmi les colocataires “ne se sentaient pas très à l’aise” avec l’idée de vivre avec un gay, malgré leur insistance sur le fait que j’avais l’air aussi respectueux et “normal” que n’importe qui. D’une manière intéressante, lorsque j’ai raconté cette mésaventure à ma patronne quelques années plus tard, elle a cherché point par point à trouver d’autres explications/excuses que l’homophobie à cette situation ; cette “négation” du caractère homophobe de ce que j’avais vécu, de la part de ma cheffe, qui se revendique pourtant “ouverte”, a également été désagréable.

Stéphane : Mon fils est gay . S’il choisit de fonder une famille, et même si cela est théoriquement permis aujourd’hui, il devra faire preuve d’imagination. Il ne pourra pas simplement confier à une tierce personne qui le souhaiterait le soin de porter l’enfant qu’il aurait envie d’élever. Il ferait un père extraordinaire. Mais, aura-t-il le courage d’affronter le parcours du combattant que supposerait son envie légitime de donner la vie ? C’est très injuste que je n’ai pas facilement cette occasion d’être grand-père. Si mon fils était hétéro, de nombreuses solutions seraient proposées à toute situation de vie qui rendrait moins simple son désir d’enfant.

Christophe: Marchez avec une personne trans dans la rue, et vous verrez que les gens s’arrêtent pour vous prendre en photo. La loi a changé mais jusqu’à il y a peu, une personne trans ne pouvait pas faire changer la mention du sexe sur son état civil (carte d’identité) sans avoir été stérilisée. Stérilisée! Aujourd’hui, malgré quelques lois récentes, dans les faits, les trans ne peuvent toujours pas changer simplement d’état civil (mention du sexe, prénom), tout est laissé à la décision arbitraire de juges et de médecins.

LTET : Quels sont vos moyens d’action contre l’homophobie ?

Stéphane : L’action principale, mais pas unique, de SOS homophobie en PACA est l’organisation d’Interventions en Milieux Scolaires, dont l’objectif est de prévenir l’homophobie en déconstruisant les stéréotypes, qui justifient la supériorité d’un modèle hétérosexuel. Pour l’essentiel, notre objectif est de nous appuyer sur les élèves, et de construire notre discours sur leurs interrogations, leurs questionnements et leurs convictions.

Charles : Ces interventions de 2h, lors desquelles les militant.e.s de SOS Homophobie interviennent généralement en binôme, de préférence mixte, visent à sensibiliser les élèves à l’homophobie, au sexisme et aux discriminations en général. Elles ont lieu à la demande de l’établissement et leur contenu est garanti par une charte signée par les intervenant.e.s, et fait l’objet d’un agrément du Ministère de l’Education Nationale. L’objectif est de permettre aux élèves de s’exprimer le plus librement possible, et également d’apprendre à reconnaître eux- et elles-mêmes les comportements homophobes.

Stéphane : Tout le monde pourrait passer quelques heures à s’interroger sur son homophobie, LGBT compris.es. L’Education Nationale est une alliée objective de ce désir de fraternité, et donne, plus que d’autres institutions, la possibilité de le faire. Tout d’abord, nous nous adressons à des jeunes LGBT, souvent pas encore « out », et notre discours les aide à affirmer leur personnalité, à se positionner par rapport à leur orientation, leur apporte des réponses, et nous pensons, du réconfort.
Ensuite, nous nous adressons aussi à des jeunes élevé.es à l’homophobie, et plus tôt nous aurons l’opportunité de les inviter à accueillir la différence avec fraternité, et à remettre en cause les poncifs sexistes et homophobes, plus nous aurons de chance que cela les éloigne d’idées qui les conduiraient adultes à discriminer, rejeter, et trop souvent hélas faire preuve de violence.
Pour les autres, libres de tout préjugé, heureu.ses dans leur identité de genre et leur orientation sexuelle, et bien c’est l’occasion de le dire.

LTET : Que peut la loi face à l’homophobie ?

Charles : La loi punit les discriminations faites sur la base d’une vingtaine de critères, dont l’orientation sexuelle, l’identité de genre ou encore l’origine ethnique réelle ou supposée. Le caractère discriminatoire d’injures, de menaces ou d’agressions constitue également une circonstance aggravante lorsqu’elle est prouvée. Le problème est que les discriminations ne sont pas toujours faciles à prouver devant un tribunal.

Christophe: Et pourtant une adjointe au maire de Marseille a été condamnée à de la prison avec sursis récemment pour avoir refusé de marier des lesbiennes. Comme quoi, des fois, les discriminations peuvent être mises en évidence par un tribunal.

Stéphane : L’homophobie n’est pas un délit. On a bien le droit de penser que les hétéros, c’est mieux. Ce qui est interdit, ce sont les actes homophobes, que la loi punit toujours assez sévèrement. Le motif de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre sexuelle chez la victime sont des circonstances aggravantes et les discriminations envers les LGBT sont interdites sans ambigüité. Ce n’est pas suffisant pour les empêcher, et rien ne remplace la prise de conscience individuelle, mais c’est suffisant pour affirmer que notre société n’est pas totalement homophobe. Il est tout de même des circonstances où la loi elle-même valide une injustice fondée sur l’orientation ou l’identité de genre. C’est le cas, notamment, du traitement injuste, et je trouve honteux, qui est réservé aux personnes qui ne se reconnaissent pas dans leur identité sexuelle de naissance. C’est également le cas des familles homoparentales qui pour accéder à leur désir d’enfant sont contraintes de se marier, alors que les couples hétéros peuvent concevoir en dehors du mariage sans rien perdre de leur statut de parent.

Christophe: On voit que dans les pays, dont la loi ne protègent pas les LGBT, les homophobes sont d’une grande violence. En Russie par exemple, circulent sur internet des vidéos qui montrent des homos en train de se faire tabasser/humilier.

Clotilde : Les discriminations sont punies par la loi (peines de prison et amendes) : articles 225-1 et 432-7 du Code pénal. La loi n° 2003-239 du 18 mars 2003 fait des discriminations fondées sur l’orientation sexuelle une circonstance aggravante.

Interview réalisé par Priscillia et Thaïs



Carte d’identité de SOS homophobie

SOS Homophobie existe depuis plus de 20 ans (1994 exactement) et mène 2 principales actions:

-l’écoute, avec une ligne téléphonique qui reçoit environ 3000 appels par an de personnes victimes ou témoins d’actes homophobes.

Ligne d’écoute anonyme : 01 48 06 42 41

-la prévention qui se traduit par des interventions en milieu scolaire et professionnel et qui a touché par exemple 7000 élèves de la région PACA pour l’année scolaire 2015-2016.

Aujourd’hui, l’association regroupe environ 1300 membres dans toutes la France, dont un tiers de membres “actifs/actives” qui sont impliqué·e·s dans les actions de l’association. Tous bénévoles, ces membres se répartissent à travers des instances dirigeantes, des délégations régionales, des commissions et groupes de travail. Il n’y a que 2 salariés pour gérer les aspects administratifs d’une grande association nationale.

Chaque année, l’association édite un rapport sur l’homophobie (dont un exemplaire a été remis au CDI du lycée) qui est aussi disponible en ligne : https://www.sos-homophobie.org/rapportannuel

Elle est soutenue par le ministère de l’Education nationale qui « est engagé dans la lutte contre toutes les formes de discriminations dont celles commises en raison de l’orientation ou de l’identité sexuelle. » http://www.education.gouv.fr/pid32090/contre-l-homophobie-a-l-ecole.html

Un site Internet www.cestcommeca.net est destiné aux ados LGBT (Lesbiennes, Gays, Bi.e.s, Trans) .

Voir ici les actions de l’association :

https://www.sos-homophobie.org/nos-actions