Mercredi 22 janvier, le nouveau film de Hayao Miyazaki a fait sa sortie française au cinéma. « Le vent se lève » est l’ultime chef d’œuvre du maître de l’animation japonaise. 

Dessin réalisé par Nathalie Li

Dessin réalisé par Nathalie Li

Lors de la présentation du film à la Mostra de Venise, Koji Hoshino, président des studios Ghibli, a annoncé au public que le cinéaste japonais de 72 ans rangeait les pinceaux pour prendre sa retraite. Et pour son  salut final, Hayao Miyazaki prend des risques dans une œuvre historique à consonance autobiographique.

Dans ce dernier film, pas de créature merveilleuse ni d’autres demi-dieux fantasques, on est hors du conte, son territoire de prédilection.

Cependant, on retrouve dans son dessin animé un thème cher à son cœur, le ciel. Le fantasme de l’apesanteur présent dans une grande partie de ses dessins animés, que ce soit dans « Porcco Rosso », « Le château dans le ciel » ou encore dans « Kiki la petite sorcière », est le sujet principal de « Le vent se lève ».

 L’histoire se déroule des années 20 à la seconde guerre mondiale.  Jiro, le héros de ce grand tableau, ne souhaite que deux choses depuis qu’il est enfant, voler et dessiner des avions proches de ceux du concepteur italien Gianni Caproni ( qui est d’ailleurs une source d’inspiration pour Miyazaki et ses extravagantes machines volantes qui traversent l’ensemble de son œuvre). Mais à cause de sa myopie, Jiro se verra interdit du métier de pilote. Il décide donc de devenir ingénieur aéronautique.

En 1927, Jiro rejoint une célèbre multinationale et devient l’un des concepteurs d’avion les plus brillants de son époque, inventeur de redoutables machines meurtrières, les bombardiers Zéros. 

Pour le titre de son ultime film, Miyazaki emprunte le premier vers de la dernière strophe du poème « Cimetière marin » de Paul Valéry. « Le vent se lève, il faut tenter de vivre », c’est peut être la devise qui a permis au héros de traverser la guerre et de garder son pouvoir de rêver. Mais le cinéaste s’inspire surtout du roman de Tatsuo Hori, « Le vent se lève » et de l’histoire du célèbre ingénieur Jiro Horikoshi  pour fabriquer son scénario.

En deux heures de temps, Miyazaki nous propose une réflexion sur le passé de son pays, les souffrances et les épreuves de tout un peuple.

Il traverse les événements marquants de son époque : le tremblement de terre de Kanto en 1923, la grande dépression, l’épidémie de tuberculose puis le basculement progressif du Japon dans la Seconde Guerre mondiale, qui vient semer la mort dans un Japon belliciste  allié de l’Allemagne hitlérienne.

Hayao Miyazaki dessine avec délicatesse le quotidien des japonais, durant ces temps de guerre difficiles. On pense parfois à l’un de ses compatriotes, le cinéaste  Ozu, dans sa description des mœurs nippones et de la vie sociale.

Bien que Miyazaki ait joué subtilement les dénonciateurs en ne faisant pas un film dossier, la sortie de « Le vent se lève » au Japon a pourtant suscité des critiques.

 Le réalisateur est qualifié de « traître » et d’ « anti-japonais »  par la droite nationaliste nippone, qui ne lui pardonne pas sa peinture critique de l’armée impériale.

 Un autre débat a éclaté au Japon et en Amérique, du fait que certains de ses personnages fument cigarettes sur cigarettes,  provoquant la colère de l’association japonaise de lutte contre le tabac. Cette dernière a demandé que la diffusion du film soit interrompue, en raison de la mauvaise influence qu’il pouvait avoir sur les jeunes spectateurs.

 Ce film a malgré tout reçu de nombreuses récompenses  et a été très bien accueilli  en France par le public et la critique.

« Le vent se lève » de  Hayao Miyazaki est un très beau film, qui nous fait décoller.

 Anaïs Lasnier, 1L

Sources: Télérama, Libération